Le pass, une obstination vaccinale

350
Le pass, une obstination vaccinale
Le pass, une obstination vaccinale, Image par Arek Socha de Pixabay .

Alors que la France a adopté le pass sanitaire et que parallèlement la fronde s’organise dans la rue pour contrer cette incitation vaccinale qui flirte avec la contrainte, se pose la question des enjeux sociétaux. Quelle place pour nos libertés individuelles ? Quelles conséquences politiques ? Quel impact économique ?

Anti-pass, pas « antivax»

Nos social démocraties, France en tête, abattent toutes leurs cartes pour forcer leurs populations à se faire vacciner. Les chaînes publiques (les autres aussi) sont inondées de clips vantant les mérites de la vaccination ; voilà pour le renforcement positif. De leur côté, les élus se chargent de manier le bâton en votant une loi destinée à instaurer une quasi -obligation vaccinale sous la forme d’un passe. Si la vaccination n’est pas obligatoire, les restrictions qui s’imposent aux non-vaccinés sont telles qu’elles rendent leur vie très compliquée. Se rendre au cinéma, prendre l’avion, assister à un concert ou tout simplement aller manger au restaurant relève du parcours du combattant. Notre liberté de mouvement se voit ainsi de facto encadrée par le vaccin ou le test. On imagine l’impact de ces entraves sur des pans entiers de l’économie qui peinent à renouer avec la rentabilité.

Pour justifier cette opération vaccinale globale, les autorités mettent en avant le devoir civique, voire n’hésitent pas à exercer une forme de chantage assez odieux, dans le cadre duquel les citoyens européens pourront espérer recouvrer une part plus ou moins étendue de leurs libertés fondamentales, en échange de leurs données médicales. Dans une précédente édition, B-Mag avait déjà souligné le risque d’évaporation de nos libertés individuelles.

Cette obstination vaccinale, qui peut s’appuyer sur tous les rouages de l’Etat pour parvenir à ses fins, pose une question sociétale (et philosophique) d’importance : une société doit-elle garantir qu’aucun de ses membres ne constitue en aucune façon une ‘menace’ pour tous les autres ? Une réponse affirmative à cette question supposerait, en toute logique, un renoncement à l’ensemble des activités humaines, non seulement celles qui sont considérées comme dangereuses en soi (comme par exemple, la conduite automobile), mais aussi celles qui reposent sur les interactions amicales ou amoureuses (dans les cas les plus exacerbés, une relation amicale ou amoureuse peut déboucher sur un acte violent). Cette question sociétale et philosophique pose, en d’autres termes, la question de l’importance que nos sociétés souhaitent accorder au principe de précaution. Celui-ci doit-il l’emporter sur toute autre considération ? Le principe d’une vie ‘digne’ suppose-t-il nécessairement le refus obstiné de la mort ?        

Sur le plan médical toutefois, on notera par ailleurs que l’efficacité globale des vaccins anti-covid ne fait pas encore l’unanimité comme cela a pu être le cas pour d’autres maladies comme la poliomyélite ou la variole. Pour rappel, les laboratoires qui ont mis au point les vaccins anti-covid se sont expressément dédouanés de toute responsabilité en cas d’effets secondaires en rejetant sur nos Etats les éventuelles conséquences financières de demandes de dédommagement.

Par ailleurs, lsraël, où la population est largement vaccinée (grâce à des accords passés avec Pfizer), s’oriente vers une troisième injection pour l’instant ciblée pour les plus de 60 ans.

Dans les media, la question d’une éventuelle quatrième dose est déjà posée et débattue, et ceci au moment où les laboratoires produisant les vaccins à ARN messager annoncent une augmentation du prix de leur vaccin (le prix d’une dose du vaccin Pfizer passe de € 15,5 à € 19,5, tandis que celle du vaccin Moderna coûtera désormais € 21,5 au lieu de € 19,5). Il est vrai que ces deux laboratoires sont désormais en situation de quasi duopole, puisque la vaccin AstraZeneca est de facto pratiquement ‘banni’ de l’UE. Pareil timing de ces hausses de prix est bien entendu plus que malencontreux et alimentera presque inévitablement la défiance à l’égard des élites, supposées vendues au ‘Big Pharma’ et, partant, les théories dites ‘complotistes’…

Toutes ces questions liées tant à l’effacement de nos libertés qu’à l’innocuité ou à l’efficacité des vaccins éveillent des critiques dans des milieux bien plus larges que le cercle réduit des anti-vaccins. Dans le sillage des élus, les organes de presse tentent de faire passer – à grand renfort d’amalgames douteux- tout opposant au pass sanitaire pour un « antivax », voire un platiste vraiment très fâché avec la science et les évidences. Or le profil des frondeurs est beaucoup plus hétérogène que ne voudraient le laisser croire les tenants les plus intolérants de la contrainte vaccinale.  

Un village d’irréductibles Normands

Pour preuve, la tribune de ces restaurateurs du Cotentin, ce Far West normand et « terre de citoyens violemment modérés » comme les décrivaient déjà Alexis de Tocqueville, qui refusent les conditions du passe sanitaire. Tout a commencé à un jet de pierre du Mont Saint-Michel, à Saint-James, lorsqu’un couple qui y tenait une crêperie a préféré remettre son établissement plutôt que procéder à la vérification des clients et de son personnel.  « C’est une décision politique et personnelle, la privation de liberté est devenue démesurée. Cette fois c’est grave, on touche à notre corps, à notre droit de ne pas se faire vacciner, nous ne voulons imposer ça ni à nous-même ni à nos enfants de 9 et 13 ans. On n’est pas gendarmes, on ne veut pas demander un certificat de vaccination à nos clients pour les laisser entrer, d’autant qu’on ne sera nous-même pas vaccinés. » déclarait au quotidien Ouest France le 19 juillet dernier Frank Gaudrillet, le patron excédé à la suite du discours présidentiel qui annonçait la couleur. Aujourd’hui, le mouvement s’étend progressivement à l’ensemble de la péninsule et remonte jusqu’à Siouville Hague, dans le Nord de ce territoire forgé par les invasions Vikings.

La vaccination qui laisse de nombreux trous dans la raquette d’un dispositif supposé édifier un rempart immunitaire serait-elle une nouvelle ligne Maginot ?

Un arrêt liberticide… de la CEDH

Malheureusement, le camp de la vaccination obligatoire pourra s’appuyer  – outre sur sa machine ‘propagandiste’ bien huilée – sur un arrêt assez récent de la CEDH (arrêt du 8 avril 2021, arrêt dit ‘Vavricka c. République Tchèque’), qui considère le principe de vaccination obligatoire comme un besoin social impérieux, en vue de protéger la santé publique (cf. Considérant 284)

Le sursaut d’extrême bon sens de ces restaurateurs ne soulève pas que des questions d’ordre logistique ou sanitaire. C’est aussi et surtout un nouveau schéma de vie qui se dessine sur fond de renoncement à des libertés acquises de haute lutte. Un autre civilisation, post-moderne et post-virale.

Dédaigner ces doutes c’est aussi creuser le lit d’une fronde qui remettra des milliers de gens dans la rue, pour les meilleures comme les pires raisons. Il ne faudrait pas que l’agitation vaccinale dont font preuve les autorités ne soit qu’un écran de fumée pour les erreurs du passé… Une plaie, sur la plaie.

La liberté de ne pas se faire vacciner des uns est-elle moins légitime que la liberté de transhumer en masse en charter sur les rives de la Méditerranée des autres ? Les autorités semblent avoir arbitré. Mais le peuple n’a pour autant pas dit son dernier mot.

Gaëtan Zeyen et Tatiana Hachimi