L’UE entendait débloquer un budget de 750 milliards pour pallier les effets de la crise sanitaire dans les différents Etats-membres. Toutefois, pour être éligible à cette aide, les Etats se sont vus contraints de s’engager au respect de l’état de droit, concept flou, à haute teneur sociétale puisqu’il s’agit avant tout d’avaliser la vision diversitaire chère à Merkel et à la technocratie bruxelloise. Il y a deux ans déjà, l’UE a déclaré la guerre en dégainant son article 7 pour priver de voix au Conseil les membres (jugés) récalcitrants, entendez la Hongrie et la Pologne. C’était sans compter avec le niet de ces derniers qui ont riposté en posant leur véto à l’occasion du vote du budget, modifiant ainsi le paradigme d’une guerre froide institutionnelle qui ne dit pas son nom.

Quelle en sera l’issue? Qui de Bruxelles ou de Budapest et Varsovie remportera le bras de fer?

Qui veut la peau d’Orban?

Il y a deux mois, lors de son discours sur « l’état de l’Union 2020 », von der Leyen nous invitait, nous Européens, à faire nôtres les combats de Greta et de Soros réunis. Au programme, de l’éco-solidarité et beaucoup, beaucoup de diversité. De la diversité tous azimuts : sous forme de migration, de passivité face à l’islam politique et d’ouverture maximale au large spectre de la farandole LBTQIA2+, l’idée étant de transformer l’Europe en une terre d’immigration doublée d’un continent Holebi. Tout ce fourbi a un nom: l’état de droit.

Cette vision heurte de plein fouet les valeurs traditionnelles de certains membres comme la Hongrie et la Pologne au premier chef. Ces pays d’Europe centrale habitués à résister au communisme sont aujourd’hui fermement décidés à s’opposer aux diktats de Bruxelles. Leur détermination s’est matérialisée par l’exercice de leur droit de véto dans le cadre de l’adoption du budget 2021-2027 et le plan de relance économique de l’UE. C’est donc un niet en bonne et due forme.

Face à ce blocage hongro-polonais, l’UE se voit contrainte de développer des trésors d’imagination pour trouver une issue de secours et ne pas totalement perdre la face. Il s’agit d’un désaveu pour Bruxelles, à la fois ferme et légal… et légitime de surcroît, contrairement à ce qui est présenté dans la presse officielle et subsidiée. En effet, en quoi la relance économique post-covid doit-elle être couplée à la problématique de l’homoparentalité en Pologne? 

Mais cette volonté de faire plier Orban et les Polonais ne date pas d’hier. Avant de tenter de les bloquer financièrement, la Commission a voulu priver de voix les brebis égarées. Dans la précédente Commission, Frans Timmermans, le vice-président “exécutif” socialiste, avait déjà déclenché les hostilités contre la Hongrie, en activant une procédure sur base de l’article 7 du traité qui impose des sanctions et va jusqu’à priver du droit de vote tout État membre au Conseil européen s’il n’obéit pas aux règles définies par la Commission européenne. 

Aujourd’hui, les institutions ont été plus loin à l’encontre des pays dans leur viseur en ajoutant un odieux chantage financier dans une période de fragilité économique liée au coronavirus. Et quand on lit cet article d’Alexandre del Valle consacré au harcèlement de Bruxelles vis à vis des démocraties « illibérales » de l’Est, on est saisi par l’actualité de la critique.

Le passage en force de Bruxelles, ce chantage honteux qui consiste non seulement à priver deux pays de financements (auxquels ils ont droit pas moins que quiconque puisque personne n’a été épargné par le coronavirus) mais aussi à les mettre au ban de l’Union pour être soi-disant ceux qui bloquent le processus de distribution de la manne céleste comporte un risque, celui de les mettre dans une situation où ils n’ont plus rien à perdre.

Il y a aussi la volonté de diviser le groupe de Visegrad, le V4, ce « cluster » de pays rebelles composé de la Hongrie, de la Pologne, de la Slovaquie et  de la Tchéquie. Mais là encore, il y a un risque, celui de les voir obtenir sinon les encouragements, à tout le moins la sympathie d’autres pays. Si le V4 est pour l’instant en mode 2+2, il ne faut pas négliger le soutien explicite de la Slovénie que le véto de Budapest et Varsovie vient de recevoir! 

Les technocrates bruxellois ne semblent pas maîtriser le mindset des populations d’Europe centrale et orientale. L’insupportable excès de confiance de ces élites déracinées les pousse à imaginer pouvoir tout piloter, tout commander, tout manipuler dans un profond mépris pour cette Europe périphérique qu’elles jugent aussi inculte qu’ingrate. Non, à l’Est, on ne plie pas. Non, à l’Est on ne cède jamais sur ce qui apparaît comme essentiel. A l’Est, on a appris à dire niet…

“La Hongrie a opposé son veto au budget, comme l’a averti le Premier ministre Orban, car nous ne pouvons pas soutenir le projet dans sa forme actuelle liant le critère de l’état de droit aux décisions budgétaires”, a déclaré sur Twitter Zoltan Kovacs, porte-parole du gouvernement hongrois.

« Combien vaut la souveraineté? Un milliard, plusieurs dizaines de milliards, plusieurs centaines de milliards d’euros? Pour nous, cela n’a pas de prix », a lancé le vice-ministre polonais de la Justice, Michal Wojcik.

Reynders, un encommissionneur à la barre pour éviter le naufrage

Dans leur suffisance absolue, les médias subsidiés imaginent que la Pologne et la Hongrie bluffent. Tellement dépendants des aides qu’ils reçoivent du politique, ces journalistes n’imaginent que la Hongrie et la Pologne soient capables de se passer un jour de l’argent toxique déversé par Bruxelles… comme ils ne croyaient pas au Brexit. Prenons  Le Soir dans lequel on peut lire des éditoriaux dégoulinants de déférence à l’endroit des institutions européennes. Il aura suffit d’un “Orban Derangement Syndrom” pour faire de Béatrice Delvaux une inconditionnelle de Didier Reynders et Charles Michel réunis. Et pour rester paritaire, on peut ajouter von der Leyen et Merkel à la liste.  

En insultant ces pays qui refusent de rentrer dans le rang, ces porte-voix de la ligne officielle insultent aussi, dans leur propre pays, ceux qui comme les Hongrois et les Polonais s’opposent à l’agenda sociétal de l’UE. En Flandre comme en France, on arrive doucement à la moitié de la population, celle que les journalistes appellent les « populistes ». 

A force d’être vilipendés, il se pourrait qu’un jour, certains membres passent effectivement à l’acte. 

Que deviendrait Le Soir  si, comme il le souhaite, la Hongrie et la Pologne pliaient effectivement bagage? Pas grand-chose de bon car ce serait assurément la fin de l’Europe politique et le tarissement de la source d’argent magique, celle qui permet de financer ce qui n’est pas viable, comme la presse officielle. Malgré tous les services rendus, Le Soir et tous ses homologues seraient probablement vite mis au régime sec. Ils se retrouveraient dans une situation aussi ridicule que celle des bobos qui applaudissent aujourd’hui le fracassant claquement de porte nucléaire d’Engie et qui demain pourraient avoir à investir dans un groupe électrogène pour garder à bonne température leur ration de quinoa en pleine canicule. 

En attendant, nous n’en sommes pas là. Les institutions vont jouer la carte de l’apaisement car à l’inverse des rédactions, elles savent que l’avantage n’est pas dans leur camp. Formé à l’école du “compromis à la belge”, le commissaire européen à la Justice, le louvoyant Didier Reynders, semble avoir trouvé un subterfuge qui servira de parfait cache-sexe pour dissimuler le camouflet envoyé par Budapest et Varsovie. Comment donner l’illusion que l’affaire est pliée alors que l’UE a reçu un refus catégorique? En découplant le vote du budget de l’exigence d’état de droit grâce à l’encomissionnement.  Pour cela, il faut que la Hongrie et la Pologne acceptent de voter le budget et le plan de relance, avec la garantie que la discussion sur l’état de droit est reportée à l’an prochain, le plus loin possible.

Au lieu de forcer tout de suite les 27 à se mettre d’accord sur l’état de droit, ils mèneront des discussions par groupe de cinq pays. Selon quel critère former les groupes de pays? Par ordre -vaguement- alphabétique… En ajustant convenablement le rythme des discussions, il sera tout à fait possible de permettre à la Hongrie d’entrer en scène sous la présidence de la Slovénie qui succèdera au second semestre 2021 au Portugal. Ça tombe bien, entre ces deux là, le courant passe plutôt bien. Voilà qui permettrait aux anguilles de Bruxelles de battre en retraite sans avoir l’air d’y toucher tandis que ce sera le discret triomphe d’Orban qui aura reçu son argent tout en ne cédant pas sur sa souveraineté en matière de valeurs.

Quand on a plus que l’encomissionnement pour cacher ses voies d’eaux, c’est que le naufrage guette. Alors, quand la presse qualifie la Hongrie de démocratie malade, on ne peut que se remémorer la parabole de la paille et de la poutre…

Tatiana Hachimi

Mise à jour

La fronde des Hongrois et des Polonais, désormais suivis par la Slovénie est un coup très dur porté à la crédibilité de l’édifice européen. Si on a pu voir jusqu’ici un Didier Reynders oeuvrer discrètement et avec finesse pour tenter de parer le feu, on voit aujourd’hui que la maison Europe brûle.

Tout d’abord, ce matin, Charles Michel est étrangement resté aux abonnés absents et n’a organisé à aucun point presse. Etonnant pour une crise de cette ampleur. Probablement la crainte de devoir affronter les questions des journalistes, pourtant si dociles…

Mais le signe le plus flagrant de l’étendue de l’incendie qui gagne les institutions européennes est à rechercher ce 20 novembre dans le journal espagnol de gauche et européiste, El Pais. Celui-ci nous offre une vision grand angle sur la “triade de la mondialisation” qui réunit Georges Soros, un élu sans colonne vertébrale, ici Guy Verhofstadt et un média en mal de subsides, en l’occurrence El Pais (un journal mis en vente).

Celui-ci se fait l’écho de Verhofstadt qui propose de “bloquer les bloqueurs” en n’incluant qu’un certain nombre de pays dans le plan de relance, à l’image de la procédure de coopération renforcée prévue au sein de la zone euro. 

Ensuite El Pais publie une tribune de George Soros qui défend l’idée de son ami Verhofstadt. 

On notera tout de même que l’entre-soi n’a pas que du bon, car à force de penser en rond, le résultat est assez pauvre. En effet, si une telle solution voyait réellement le jour, ce serait la fin immédiate du projet européen. Justement tout ce contre quoi Didier Reynders tente de lutter…