Phil Pressing, alias Philippe d’Anière, est le batteur du légendaire groupe de punk français Starshooter (1975-1982). Après avoir été musicien, bijoutier et copain de la pègre lyonnaise, il finit par émigrer illégalement au Etats-Unis en 1986 pour se lancer dans l’industrie textile. Des déboires, il en a connu. Mais des succès également. Il dirige aujourd’hui une entreprise de rénovation de bateaux à Los Angeles. Même si c’est aujourd’hui un chef d’entreprise accompli, ce fils de bonne famille n’a rien perdu de sa verve punk. Il nous parle de sa vie, de ses hauts et de ses bas, de la France, de Trump et des USA, ainsi que de son autobiographie Pressing sortie récemment (chronique en nos colonnes).

Comment t’es-tu retrouvé derrière les fûts de Starshooter en 1975 ?  Avais-tu une formation musicale à la base ?

C’est très simple. Je n’avais absolument aucune formation. Starshooter était un groupe de gamins qui se sont mis ensemble. Et puis Kent (NDLR : Kent Hutchinson alias Hervé Despesse) s’est mis à écrire des paroles. La vague punk est arrivée, donc on a été appelé punk par Philippe Manœuvre (1). Ensuite, on a été directement embauchés par Philippe Constantin (2) et Pathé-Marconi (3). Ça a marché tout de suite. Sinon, musicalement, je l’ai toujours dit : je ne suis pas du tout musicien. J’ai fait pas mal de choses dans ma vie. Je pense que je l’ai fait correctement. Après, on apprend sur le terrain avec les concerts et des disques.

Quel est ton meilleur souvenir de la saga Starshooter (1975-1982) ?

Je ne peux pas vraiment te répondre. C’était l’idéal quand tu as 20 ans. Qu’est-ce que tu veux qu’il t’arrive de mieux dans la vie à 20 ans quand une saga comme ça te tombe dessus ? C’est parfait. Tu as tout. Tu as de l’argent, les plus belles filles. Tu es connu. Tu passes à la télé. Tu vas en studio. Qu’est-ce que tu veux de mieux ?  

Tu as eu une vie en dents de scie. Tu as connu la pauvreté et la richesse, parfois en l’espace de quelques mois, l’amour et le deuil, les trahisons et les marques de confiance. Mais à chaque fois tu as rebondi. Qu’est-ce qui constitue le moteur de chaque rebond chez Phil Pressing ?

D’abord, c’est l’Amérique quand même. L’Amérique et Los Angeles, c’est une certaine époque de liberté absolue. Aux Etats-Unis, il y a quand même très peu d’Etat. L’Etat n’est pas là pour te bloquer tout le temps dans ta vie. Tu te casses la gueule, tu te relèves. Je ne suis pas le seul. Des histoires comme la mienne, il y en a des milliers aux States. Ici, tu te casses la gueule et tu remontes. C’est comme ça même si c’est un truc qui surprend le Français mais qui ne surprend pas l’Américain. Après, la liberté, c’est mon truc. J’aime bien faire différentes choses. J’ai quand même un certain talent pour m’adapter aux situations. Et puis, je suis un homme heureux. Je suis un homme qui vois toujours le côté positif des choses. Tu le vois dans mon bouquin. Il est drôle même s’il y a des moments tragiques. Mais il est plus drôle que tragique.

Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire Pressing ?

Il y a deux ans, je n’avais aucune idée de comment écrire un bouquin. Je cherchais. Je me souvenais d’amis. J’essayais de les mettre dedans. Mais j’avais quand même pris toutes ces notes sur des cahiers il y a 15 ans, pour ne pas oublier justement. C’était une somme d’anecdotes en vrac. Ensuite, à force d’écrire sur Facebook, ça m’a fait de l’entraînement. Quand je relis ce que j’écrivais il y a 4 ou 5 ans, il y a un très gros progrès. Mais je l’ai fait avec les gens, en notant les trucs qui marchent. Grâce à Facebook, je me suis mis à l’écriture. A un moment, je me suis dit : pourquoi ne pas mettre ça dans un bouquin ? Puis je l’ai fait.

Tu te tires aux USA en mai 1986, dans l’espoir que ta femme Kiki te rejoigne ensuite, ce qu’elle fera. Outre les problèmes que tu avais en France à cette époque, est-ce que tu penses que tu aurais pu entreprendre et réussir dans l’hexagone ?

Absolument pas ! J’ai essayé comme beaucoup d’amis. Tous mes amis qui ont réussi dans les affaires ont quitté la France. C’est absolument impossible de réussir maintenant en France, sauf si tu as un gros coup de chance. C’est pareil en Belgique. Pour un jeune mec qui n’a pas une fortune devant lui comme de l’immobilier ou autre chose, pour un mec qui n’a rien, c’est juste impossible en France.

Qu’est-ce qui cloche en France et dans l’Union Européenne pour toi ?

Je suis Américain. En fait, je suis même Californien, tu vois. J’aime cette manière de vivre, cette liberté d’entreprendre, ce truc où tu ne vois pas l’Etat. J’ai différentes entreprises dont un business de rénovation de bateaux. Quand je dis ça, je ne rigole pas. Je passe peut-être cinq minutes par semaine en paperasse administrative. J’ai un copain qui a également une entreprise de rénovation de bateaux à Marseille. Il passe la moitié de son temps dans l’administratif. Moi, ça me rend fou.

En France, il y a trop de charges. Tu as environ 60% du fruit de ton travail qui est pris et redistribué par l’Etat. Tu ajoutes l’assistanat qui ne te donne aucune raison d’aller travailler, des impôts complètement démentiels et puis une rigidité au niveau des réglementations. Tout est réglementé. Chaque fois que tu fais quelque chose, il faut payer une taxe ou remplir un formulaire. Pour moi, c’est un enfer.

Tu es jeune, tu as une idée. Déjà, pour monter une société en France, ça va te prendre au moins quatre mois et il va falloir que tu paies plein de trucs. Ici, aux Etats-Unis, ça prend 24 heures. Tu ne paies pas un seul impôt avant de gagner de l’argent. Comment veux-tu monter une affaire et réussir en France ? Pour moi, c’est complètement impossible. J’ai des amis français qui me disent que ce n’est plus possible. On est en train de dépasser la limite.

Y a-t-il des similitudes avec la situation aux Etats-Unis ? On sent que les Démocrates ont fortement basculé à gauche, embrassant notamment l’idéologie postmoderne et cosmopolite. Les Etats-Unis sont-ils sur le déclin ?

D’abord, ce dont tu parles, il faut le remettre en perspective. On parle en fait d’une vingtaine de villes américaines sur les côtes où il y a une infime minorité très bruyante, comme en France avec le clan des « Trop tarés » (NDLR : le clan Traoré). Ils contrôlent Hollywood, les grands médias et les universités. C’est une infime fraction de la population qui se retrouve avec un tambour médiatique monstrueux. Le peuple, celui que je côtoie, n’est pas du tout dans cette idéologie transgenre ou dans la théorie du genre. Les gens sont cool et tolérants par définition en Californie. Mais ça n’intéresse personne ici, ça n’existe pas dans la vie de tous les jours.

Les entreprises ont peur pour des raisons de marketing et d’image, donc elles se font embarquer là-dedans. Il y a un mec ici qui a une entreprise de bouffe mexicaine et qui s’est déclaré ouvertement pro-Trump. Eh bien, il fait l’objet d’un bashing médiatique avec des appels au boycott. Mais ça ne concerne qu’une infime minorité, comme en France d’ailleurs.

Il faut comprendre qu’il y a beaucoup de gens qui ont peur. Je connais pas mal de gens dans les médias, notamment français. Ils me disent : « Toi, Philippe, tu as de la chance. Tu peux écrire ce que tu veux. Moi, si j’écris ce que tu dis, je suis out of business. Je suis blacklisted. Je perds mon job. Si je suis journaliste, je ne peux plus écrire. » Il y a beaucoup  de gens en Europe qui sont terrorisés par ça et je les comprends. Moi à leur place, si j’avais une famille et un job, je fermerais ma gueule. Je ne vais pas te donner de noms mais je te garantis que ce sont des gens que tu connais, que tout le monde connaît d’ailleurs. Ils me disent : « Philippe, je suis d’accord avec toi, mais je ne peux pas le dire. » Mais c’est en train de changer, tu sais. Ça ne peut pas durer. C’est tellement délirant ces trucs du style théorie du genre.

Photo par Emanuelle Choussy

Moi, je suis libertarien (NDRL: au sens américain du terme libertarian). Tu fais ce que tu veux avec ton cul, mais ce n’est pas à une infime minorité de me dicter les règles quant à ma manière de vivre. A un certain moment, il va y avoir une réaction populaire. Il ne faut pas hésiter à se moquer d’eux et à remettre en cause cette extrême minorité. C’est d’ailleurs leur faiblesse. Ils sont tellement ridicules qu’il suffit de mettre leur photo avec leurs propres propos sans prendre de risques avec la censure. C’est comme ça que j’ai contourné la censure. J’ai pris 6 mois de prison Facebook en tout dans le passé. Donc, j’ai appris à tourner autour des mots.

Tu te déclares libertarien au sens américain du terme, soit une forme d’anarchisme qui rejette le monopole de la violence détenu par l’état, tient la propriété privée pour un droit inviolable et prône l’échange volontaire, le droit privé et le droit de porter des armes dans le respect du principe de non-agression. Comment en es-tu arrivé à ce statut ? Pour rappel pour nos lecteurs, tu viens d’une famille bourgeoise catholique de droite et tu as bourlingué à gauche du spectre politique ensuite lorsque tu étais en France.

J’ai toujours eu ce côté anarchiste de droite. Je ne me suis jamais trop intéressé à ce qui était légal. J’ai souvent flirté avec le marginal. Je ne suis pas un anarchiste de gauche qui veut détruire. Au contraire, je suis un anarchiste qui veut vivre bien et qu’on lui foute la paix. Après, on appelle ça de droite, mais bon, je suis pour la légalisation des drogues, pour l’avortement et pour les armes. On considère les armes “de droite” mais c’est un concept tellement américain. Bien sûr que je suis armé. Je ne peux m’imaginer ne pas être armé. Si quelqu’un vient m’emmerder, moi ou ma famille, je tire. Je suis évidemment pour la liberté d’entreprendre et de gagner de l’argent, et même beaucoup d’argent. Je veux bien payer un minimum d’impôts pour le régalien. C’est normal pour moi. Tu vois, je ne suis pas libertarien pur et dur tant que c’est raisonnable. Sur d’autres sujets, on me rangerait plutôt à gauche, mais je ne suis pas de gauche. Je suis libertarien : foutez-moi la paix et je vous fous la paix. Tu t’habilles comme tu veux, tu couches avec qui tu veux. Par contre, je ne veux pas que tu viennes imposer tes conneries dans ma vie.

Je ne suis pas du tout anti-Etat non plus. Il faut un Etat pour que les gens ne se mettent pas sur la gueule. Mais un Etat libre avec une justice indépendante, une police forte pour que ça tienne ensemble et une armée pour la défense des frontières (NDLR: Philippe nous définit ici la notion de libertarianisme minarchiste, soit un état minimal qui s’occupe des trois fonctions régaliennes que sont la justice, la police et l’armée. Le reste est géré par le droit privé sans immixtion de l’Etat sauf pour gérer les conflits). Je ne crois pas du tout au vivre-ensemble et au multiculturalisme. J’en parle dans le livre de manière très précise. Je l’ai bien vu en prison et ailleurs. Dès qu’il y a des émeutes, les Coréens se mettent avec les Coréens, les Noirs sont avec les Noirs, etc. Tout ça, c’est une plaisanterie.

A nouveau, ça ne concerne qu’une infime minorité de capitales occidentales. La Chine, l’Inde, la Russie, le Groënland, l’Indonésie et l’Afrique, tout ça n’existe pas là-bas. Les gens vivent avec leurs peuples. Ils sont noirs, ils sont jaunes, etc. Cela n’empêche pas des minorités protégées de vivre parfaitement libres. Mais cette dictature des minorités en Europe qui sont principalement des immigrés, je ne suis pas d’accord. Je suis un immigré aux Etats-Unis. Pour rappel, je critique la France parce que j’y suis né et j’y ai grandi. Mais un pays qui m’accueille, je ne m’imagine pas le critiquer.

Sur ta page Facebook, tu fais régulièrement l’éloge de Donald Trump. Est-ce de la pure provoc’ typiquement punk ou de la sincérité (ou un mélange des deux) ? Qu’est-ce qui te plaît et te déplaît en Trump, l’homme comme le président ?

Je suis 100% fan depuis le jour où il a descendu l’escalier (NDLR : l’escalier du hall d’entrée de la Trump Tower pour annoncer sa course à la présidence en juin 2015). Je ne pensais pas que dans ma vie je serais fan de quelqu’un, surtout en politique. Quand je vois Trump, quand je vois ce qu’il fait, il n’y pas de second degré du tout : c’est exactement l’homme que j’admire le plus. Dès que j’ai écouté ses premières déclarations, je suis tombé d’accord avec lui. C’est un libertarien pour moi. Il est plus dans les trucs de Dieu, et encore je pense que là il joue un petit peu. Il est un peu plus patriotique que moi, mais bon c’est un Américain. Mais dans sa manière de voir les choses, je suis d’accord avec lui. Il n’y a pas mieux dans la provoc’. C’est le plus grand punk qui ait jamais existé. Il faut voir les réactions complètement hystériques qu’il déclenche auprès de tous les bienpensants, tous les gauchistes et tous les vivre-ensemblistes. On se rend compte que ce mec est un génie. Tu peux l’écrire : il n’y a pas plus « Trumpiste » que moi. En plus, j’aime sa provocation. C’est le mec qui n’a peur de rien. Il prend en plus un malin plaisir à voir toute la volaille qui s’effarouche. Je trouve ça génial.

Outre la rénovation de bateaux, tu as d’autres projets en tête aujourd’hui ? Y aura-t-il une suite à Pressing ?

Je vais attaquer un autre Pressing. Je ne sais pas s’il s’appellera Pressing en réalité. On verra. Maintenant que j’y ai pris goût et puis que ça se vend bien, je vais en attaquer un autre. Mais pareil, je ne sais pas du tout où je vais. Ce sera sûrement un peu plus romancé. Je vais mélanger du roman et des souvenirs. Pas mal de gens m’ont reproché de ne pas avoir parlé beaucoup de rock dans le livre. Donc, je vais reprendre plein d’anecdotes avec tous les musiciens. Bon, tu n’as pas connu, tu es trop jeune, mais je vais parler de toutes les équipes comme les Téléphone, Higelin, Lavilliers, Gainsbourg, etc. J’en ai des tonnes, donc je vais les mettre dans le prochain bouquin.

L’idée est d’écrire à partir d’un road trip que je vais faire entre Miami et Los Angeles dans un vieux V8 pourri des années 70. Mais je ne sais pas encore si ce sera exactement ça. Il faut compter au moins six mois pour la rédaction. J’ai aussi trouvé un modèle économique qui marche tellement bien avec Amazon. Je n’ai pas besoin d’un éditeur. J’ai juste un mec qui travaille sur la mise en page et les questions techniques. Il faut trois jours entre le moment où le manuscrit est prêt et le moment où le public peut acheter le bouquin. Ici, on l’a fait en cinq jours parce que Amazon a foiré à cause du virus. C’est aussi un truc que je développe. Je passe des heures et des heures sur ma nouvelle page pour essayer de la faire grossir. Toute ma stratégie de business passe par Facebook et Amazon.

Mon affaire de bateaux tourne bien, ça me permet de vivre. Je monte à côté un projet de bateaux électriques. Mais je me suis brouillé avec un associé et le coronavirus est arrivé. Enfin, j’ai un bateau tout prêt maintenant. C’est un modèle classique des années 50 en fibre de verre. En fait, je restaure complètement le bateau et je l’équipe d’un moteur électrique pour hors-bord. Je pense que c’est un bon projet, mais il est à l’arrêt pour l’instant.

Tu souhaites ajouter quelque chose ?

Non, je crois qu’on a fait le tour. Tu as de la matière pour faire un article où les gens vont me détester (rires).

Interview réalisée par Jules Alove le 11 juillet 2020

(1) Philippe Manœuvre est un journaliste, animateur, critique musical, éditorialiste et scénariste. Il a été notamment le rédacteur en chef du magazine Rock & Folk.

(2) Philippe Constantin est un journaliste, éditeur et producteur de musique.

(3) Pathé-Marconi est une entreprise française du secteur de l’industrie musicale, fondée en 1936 par EMI Group. Société industrielle de premier plan, elle est également l’une des majors françaises du disque phonographique après-guerre.