Le revenu universel ou la morphine cosmopolite généralisée 

En ces temps de crise, à gauche comme à droite, l’idée du revenu universel fait son chemin. Nombreux sont ceux qui voient en ce mécanisme un instrument utile à la collectivité pour traverser les turbulences économiques qui nous attendent en évitant la casse sociale. Il n’en n’est rien. Cette fausse bonne idée aux relents collectiviste nous tirera tous un peu plus vers le bas.

Au départ d’une économie, il y a la rareté des ressources et la pauvreté. Si la deuxième partie tend en principe à diminuer au fil du temps avec la croissance sauf catastrophe naturelle ou désastre d’origine humaine, la première doit être gravée en lettres d’or sur toutes les phases de son évolution. Composer avec la rareté, c’est réfléchir au processus d’allocation optimale en vue de générer des gains à terme. C’est aussi générer du salaire, de la valeur ajoutée et des gains de productivité, notamment en privilégiant les avancées technologiques et l’innovation qui bénéficieront à la majorité au fil du temps. C’est  responsabiliser l’individu dans ses choix et leurs conséquences. C’est apprendre à se projeter dans le futur en allouant de l’épargne à l’investissement et donc à maîtriser sa consommation. C’est mettre de côté pour les mauvais jours, pour les temps de vaches maigres. C’est être la fourmi et non la cigale. 

Pexels, Quand l’argent tombe du ciel

Il y a une idée qui revient de manière récurrente tant à gauche qu’à droite du spectre politique, il s’agit du revenu universel. L’argument de base est de simplifier le système actuel d’aides sociales pour le transformer en un service et guichet uniques ayant pour but de verser une allocation de base à tout individu privé d’un revenu du travail. Bref, ce serait une rente de remplacement en cas de chômage temporaire ou prolongé. Et c’est là que le bât blesse. Comment définir le montant de cette rente sans qu’elle ait un effet dissuasif sur les jobs mal payés (en fait surtaxés et plombés par les charges sociales) dont notre société a cruellement besoin ? Comment la limiter dans le temps et organiser son contrôle ? Comment ne pas motiver les bénéficiaires à ne pas s’endormir et devenir accro à cette manne céleste qui, couplée avec un petit job au noir, peut se transformer en corne d’abondance version Win for Life ? Comment ne pas comprendre que, si le vœu de simplification administrative s’avère pieux au départ, l’enfer est pavé de bonnes intentions et les gentilles ouailles sous perfusion universelle seront plutôt enclines à virer toxicos et dès lors donner leur vote aux dealers politiques les plus à même de leur promettre une augmentation et une prolongation de l’extase de la rente ? 

Qui paie le revenu universel ? En principe, il est financé par les cotisations des travailleurs, salariés et indépendants. Vu l’état des finances publiques, il sera financé par de la nouvelle dette, soit un impôt sur les générations futures, l’intérêt en sus. Si cela est effectué de manière coercitive sous l’action du monopole de la violence exercé par l’État, c’est une violation du droit de propriété du contribuable soumis. Il se peut que certains contribuables soient d’accord avec un tel prélèvement, il n’empêche que tout réfractaire à ce système se verra contraint. Même sous l’action du vote démocratique, ce dernier est suffisamment dévoyé et soumis à la tyrannie des particraties pour servir d’argument juridiquement valable. L’État de droit est moribond de nos jours. L’impôt, c’est le vol. Si l’on doit le subir, autant minimiser son impact et ses chances d’extension à tous les niveaux. Accroître le périmètre de l’intervention, c’est perdre des libertés individuelles. C’est la collectivisation graduelle du pays. 

A charge de qui toute cette générosité?

Le revenu universel peut-il être généré par la création monétaire ? La Banque Centrale Européenne peut créer de la monnaie ex nihilo mais le financement du revenu universel n’est pas dans son mandat à l’heure actuelle. D’ailleurs, si c’est techniquement possible en effet, la BCE générera directement de l’inflation sur les prix des biens de consommation et des matières premières, trahissant son mandat sur le contrôle des prix, annulant partiellement l’effet escompté de redistribution sociale, réduisant le pouvoir d’achat et exerçant par la suite un effet haussier sur les taux d’intérêt, ce qui aura pour corollaire de freiner la croissance, créer une récession, augmenter le coût des dettes publiques – ces impôts différés – et exacerber le chômage (2e trahison de son mandat). Ceci la poussera donc à devoir imprimer plus de monnaie pour rémunérer les nouveaux bénéficiaires potentiels, exacerbant ainsi le cycle inflationniste et la perte du pouvoir d’achat de la monnaie. Les détenteurs de dettes souveraines réagiraient très mal au vu de la spirale inflationniste et de la détérioration de la capacité de remboursement des débiteurs. On peut oublier d’autant plus qu’un tel procédé ira de pair avec une perte de souveraineté accrue des Etats sous l’action des entités suprastatales que sont la BCE et l’Union Européenne ainsi qu’avec une perte accrue des libertés individuelles. 

Est-ce vraiment déresponsabilisant ? Oui, absolument. C’est une incitation à l’imprévoyance et une dissuasion à l’épargne. C’est un encouragement au consumérisme béat et un facteur de distorsion des préférences temporelles des individus dès lors enclins à verser dans l’hédonisme et le matérialisme. C’est un facteur d’accroissement de l’instinct grégaire et de la filouterie visant à optimiser une situation de rente parasitaire se nourrissant du fruit du travail d’autrui plutôt que de rechercher la coopération pacifique via l’échange volontaire et la division du travail. C’est un incitant à privilégier des situations de statu quo particulièrement néfastes en périodes difficiles où des choix difficiles et douloureux s’imposent. C’est un soporifique pour l’entreprenariat et la prise de risques, ainsi qu’un facteur de dévirilisation de l’individu dans sa perte de l’esprit de conquête apparenté à l’esprit militaire. Au final, ce système génère une inversion morale visant à récompenser la cigale et à punir la fourmi.  

Image par Free-Photos de Pixabay, pauvreté

En quoi est-ce un frein au développement économique ? L’accroissement inévitable de la charge fiscale globale liée au revenu universel entraînera à terme une diminution du revenu disponible pour la consommation mais surtout pour l’épargne, ce qui sera un frein à l’accumulation des capitaux et donc à la croissance des revenus tant pour les entreprises que les particuliers. Moins de capitaux pourront être alloués à la recherche et au développement des entreprises qui seront dès lors plus réfractaires à prendre des risques en investissant dans des projets novateurs dans une perspective à long terme. La mise en place de l’allocation universelle ne permettra d’ailleurs pas de réduire le nombre de fonctionnaires déjà employés à vie et dont le nombre ira crescendo par séduction électorale et choix politique facile, encourageant dès lors l’extension du système et de sa bureaucratie.   

Vers un cosmopolitisme collectiviste

Y a-t-il un lien avec le cosmopolitisme ? C’est à craindre. La tentation sera grande pour les dirigeants européens largement pro-migrants d’offrir le buffet « gratuit » à l’ensemble des nouveaux arrivants qui, quoi qu’en dise Francis Huster, ne sont pas tous des médecins, des ingénieurs ou encore des futurs Montaigne. Compte tenu de la lourdeur et de la complexité du code du travail, ainsi que du coût du travail, ces gens seront majoritairement inemployables si ce n’est dans des jobs pénibles à très faible valeur ajoutée, souvent subsidiés, qu’ils éviteront soigneusement, préférant la rente que leur offre le revenu universel. C’est un facteur d’exacerbation potentiel du cosmopolitisme ambiant dans la société occidentale, ainsi qu’un levier supplémentaire de mise en abyme de sa culture, ses valeurs libérales et ses traditions.   

En résumé, le revenu universel est un leurre. Il constitue un piège au développement économique et au maintien de valeurs viriles et conquérantes. Il servira de morphine au peuple, administré par une bureaucratie écrasante sous les ordres d’une élite corrompue. Avant, on offrait du pain et des jeux. Maintenant, la superclasse cosmopolite veut une gouverne mondiale abolissant les frontières nationales et politiques et offrant un revenu universel par démagogie. C’est une course à l’égalitarisme qui commence par la négation de la nature humaine et son anthropologie. Tout cela finira dans la misère et la douleur, comme toujours avec un système collectiviste. La seule assurance contre le chômage est un travail taxé au minimum dans une économie régie par le contrat privé et le respect de la propriété privée, le tout dans une attitude frugale faisant donc la part belle à l’épargne et à la maîtrise de nos préférences temporelles et de notre consommation.  

Jules Alove