Par Drieu Godefridi, PhD

Je vous invite à tenter l’exercice suivant : renoncer totalement à lire aucun quotidien belge pendant une période d’un mois.

Au bout d’un mois, vous poser la question : qu’ai-je manqué ? Ai-je manqué quoi que ce soit ?

Prenons l’exemple des élections. Depuis mai 2019, la sublime et virtuose classe politique belge « tente » de « mettre en place » un gouvernement. Nous sommes quasiment en septembre 2020. Supposez que, dans l’intervalle, vous n’ayez pas ouvert un seul quotidien belge, une seule fois. Qu’auriez-vous manqué ? Rien, absolument rien : il n’y avait pas de gouvernement en mai 2019 ; il n’y a toujours pas de gouvernement fin août 2020 (rassurez-: dans l’intervalle, nos glorieux parlementaires ont bien perçu l’intégralité de leur traitement !).

Autre exemple : la « deuxième vague », qui barre depuis juin l’horizon de nos journalistes, qui la devinent, la pressentent et la pronostiquent, quand ils n’en diagnostiquent pas la réalité. Trois mois d’incessant battage médiatique ; des cataractes de sensationnalisme à grands flots, la peur, la panique, la noirceur, l’imminence de… Eh bien, de rien, car d’un strict point de vue épidémiologique, il n’y a pas eu de deuxième vague, tout juste un misérable clapotis, et rien du tout au niveau des seuls indicateurs pertinents : hospitalisations, décès.

Posez-vous la question : combien de temps avez-vous perdu, vous personnellement, à vous « informer » — s’abrutir convient mieux — à la source de ce qui n’est plus en rien de l’information, seulement du sensationnalisme au niveau de ce qu’était « Ici Paris ! » dans les années 80 ? Combien d’heures, de dizaines, de centaines d’heures ? Demandez-vous si ce matraquage insensé n’a jamais affecté votre humeur, la qualité même de vos relations avec votre entourage ? Je reçois des dizaines de témoignages de gens tout ce qu’il y a de normaux, équilibrés et intelligents, qui m’ont fait part au fil de l’été de leur désarroi à la lecture de la presse, quand ce n’était pas de leur désespoir.

Alors, oui, la question de savoir si vous devez persister à donner du crédit à ces marchands de peur se pose, aussi vrai qu’à l’instar des flatteurs, les marchands de peur ne vivent jamais qu’aux dépens de ceux qui les écoutent.

Vous me direz : il faut tout de même s’informer ! C’est précisément par ce motif que vous devriez vous couper intégralement des quotidiens belges. Ensuite, sélectionner quelques sources d’information fiables et qualitatives, et trouver la discipline de vous y cantonner. Sur la politique belge, il n’y a tout simplement rien à savoir, ce triste spectacle étant parfaitement stérile : à quoi bon connaître l’énième variation musicale ou saisonnière de la « coalition » introuvable qui a les préférences de nos valeureux journalistes de gauches et d’extrême gauche ?

Sur le virus, en revanche, il faut s’informer, ne serait-ce que pour des raisons pratiques, en veillant à ne pas y passer la journée. Par exemple, celui qui lit le blog de Bernard Rentier, ex-recteur de l’Université de Liège, en sait davantage, en termes réels et véraces, sur cette modeste épidémie virale, que celui qui gobe chaque jour les torrents d’élucubrations sensationnalistes du Soir et De Standaard.

Faites l’expérience : préservez votre esprit et vos ressources vitales des insanités de la presse quotidienne ; sélectionnez quelques sources d’infos limitées, fiables et sérieuses ; ayez la discipline de vous y cantonner.

Et revenez me voir, plus heureux, plus sain, plus équilibré et tellement mieux informé ! dans un mois, dans un an.

#QUITTHEPRESS