Quelles sont les forces et les faiblesses du – possible – candidat Eric Zemmour?

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Eric Zemmour: quelles forces et quelles faiblesses?
Eric Zemmour: quelles forces et quelles faiblesses? Image Pixabay

Une tribune de Nicolas de Pape

Depuis qu’il a déboulé dans la campagne présidentielle française (alors qu’il n’est toujours pas officiellement candidat), crédité par certains sondages de 18% des intentions de vote, l’essayiste à succès Eric Zemmour provoque des réactions totalement contrastées d’amour et de haine. Certains l’accusent de racisme, d’autres soulignent qu’il veut, au contraire, assimiler les populations étrangères pour en faire de « nouveaux Français ». Décryptage de ses forces et de ses faiblesses.

Ses meilleures cartes 

L’atout majeur de l’essayiste qui s’est mis en congé à la fois du Figaro (de sa propre initiative) et de CNEWS (obligé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, cerbère des temps de parole) est la cohérence intellectuelle. Dans son approche souverainiste-nationaliste-conservatrice, il n’a (presque) pas varié depuis près de vingt ans. C’est simple : le programme politique d’Eric Zemmour et celui de son futur parti, Vox Populi, c’est lui-même. Best-seller et écrivain prolifique, « le Z » a littéralement émergé pendant les cinq années durant lesquelles il était chroniqueur à « On n’est pas couché » , animé par Laurent Ruquier sur France 2. Ce dernier se morfond aujourd’hui d’avoir été son Pygmalion,  confondant la maladie et le symptôme lorsqu’il estime que « sa » créature lui a échappé. 

La deuxième qualité d’Eric Zemmour est son énorme culture historique mais associée à un sens aigu de la vulgarisation qui lui permet, en évitant l’entre-soi de la plupart des éditorialistes, d’être proche du peuple et de ses aspirations. Ayant imposé le thème de l’Islam prosélyte, l’immigration et son corollaire du « Grand Remplacement » dans la campagne, il ne peut que se réjouir que 67% des Français, dans un récent sondage, semblent partager ses craintes. Du coup, le candidat le plus policé de la droite classique à la course présidentielle, Michel Barnier (Les Républicains) propose un moratoire de 3 à 5 ans sur l’immigration « pour voir venir ». Et Marine Le Pen, dont l’avenir politique est plus que jamais en balance, apparaît presque « de gauche » par rapport à Zemmour en raison notamment d’un recentrage politique qui a ravi à la fille de Jean-Marie Le Pen vraisemblablement la victoire dans plusieurs Régions promises au Rassemblement national lors des dernières élections régionales.

La nouveauté n’est pas non plus la moindre des potentialités d’Eric Zemmour. Il écume certes les plateaux de télévision depuis de nombreuses années. Mais en tant qu’homme politique professionnel, il présente un profil presque aussi neuf qu’Emmanuel Macron en 2017. Zemmour s’inspire d’ailleurs du très charismatique président actuel dans sa fulgurante OPA sur l’Elysée, sans parti et sans fortune personnelle. Sur le plan tactique, en revanche, Eric Zemmour doit plus son flair à Donald Trump qui avait battu Hillary Clinton en 2016 à la surprise générale avec une campagne largement basée sur une série de punchlines, également autour de l’immigration et le relatif décrochage sociétal et économique des Etats-Unis (« Make America Great Again »). 

C’est ainsi qu’Eric Zemmour multiplie les provocations, volontairement ou pas, en faisant le buzz permanent, au risque de crisper certains Français.

Les écueils à éviter

Ce qui nous amène automatiquement à parler de ses faiblesses. Car Eric Zemmour est beaucoup plus sophistiqué que Donald Trump et doit veiller à ne pas créer un hiatus entre érudition et trivialité. Là où les Trumpistes se gaussent (et en redemandent) face aux sorties de leur héros contre le « Marécage » de Washington et les « médias fake » de la Côte Est, il n’est pas certain que les électeurs français, qui sacralisent la monarchie présidentielle française, apprécient les métaphores douteuses du polémiste, comparant par exemple le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, au Docteur Mengele ou revisitant la douloureuse histoire de l’antisémitisme français au 19e siècle en émettant l’hypothèse que le Capitaine Dreyfus, accusé de trahison par l’armée française en raison de ses origines juives, n’était peut-être pas si innocent que cela. 

L’outrance et les dérapages ne font pas un programme politique. Et pour celui qui affirme que Marine Le Pen ne peut pas gagner après son catastrophique débat présidentiel de 2017 face à Emmanuel Macron, il pourrait vite s’apercevoir, à force de s’aliéner les différentes catégories de Français, que le « plafond de verre » est un concept qui pourrait s’appliquer à lui-aussi. 

Il n’en reste pas moins que la possibilité d’un débat télévisé entre Macron et Zemmour au second tour réjouit les amateurs de joute, non seulement en raison du haut niveau de culture et d’intelligence des deux hommes mais aussi des projets civilisationnels totalement antinomiques qu’ils défendent. 

Nicolas de Pape

Dernier ouvrage paru : Tout doit disparaître/Cancel Culture, wokisme et autres nihilismes contemporains.