Indécence (28/11/2020), un billet de L’Objecteur Médiatique

C’est l’histoire d’un monde politique déconnecté, vivant en parallèle avec les drames qui se jouent au quotidien ainsi qu’en marge des sacrifices et des contraintes qu’il impose à la population depuis l’apparition de la pandémie.

Chaque jour un peu plus moralisateur, jamais avare de compassion mais jamais, non plus, impacté par quoi que ce soit, nul ne l’a jamais entendu évoquer pour lui-même le moindre effort, la moindre privation, le moindre renoncement. Payé en fin de chaque mois rubis sur l’ongle, il aurait pu, des plus puissants aux plus humbles, sans aucune démagogie, suggérer de participer à sa manière à l’offrande collective en s’amputant d’une once de salaire, ne serait-ce que pour venir en aide au petit personnel de première ligne.

Rien de tout ça, hélas, bien au contraire. Si l’on en croit une frange de l’opposition, le gouvernement fédéral serait en passe de doubler le budget consacré au fonctionnement des ministères et des secrétaires d’Etat avec un personnel de cabinettards culminant cette fois à… 838 collaborateurs pour un budget passant de 8,5 millions à 16,4 millions d’euros ! Visiblement, la crise n’affecte pas chacun de la même manière. Et surtout pas nos saintes huiles, toujours tirées à quatre épingles comme si elles sortaient d’un salon de coiffure qu’elles viennent sans autre état d’âme que celui des experts de condamner à la faillite.

Que les dirigeants de la gauche se moquent à ce point du sort des petits indépendants, on peut le comprendre puisque leurs préoccupations essentielles vont à leur clientèle d’assistés permanents, de fonctionnaires en télé-travail et de syndicalistes intouchables.

Mais que les libéraux qui les accompagnent acceptent sans broncher leur mise à mort relève du suicide politique. Car, abandonnés sur le bord du chemin, interdits de travailler et frappés de la double peine en étant considérés comme des faire-valoir inutiles exerçant une activité « non essentielle », ces innombrables commerçants, artisans, restaurateurs, cafetiers et coiffeurs dont certains n’ont toujours pas touché le moindre euro de droit passerelle se souviendront le temps venu des fausses promesses ayant conduit à leur lente agonie promise à une euthanasie collective.

Pour autant, bien sûr, qu’ils soient encore physiquement en vie à l’heure de retourner aux urnes…

L’Objecteur Médiatique