Politique énergétique: quand la Flandre rugit

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Zuhal Demir, ministre flamande de l'écoréalisme
Zuhal Demir, ministre flamande de l'écoréalisme, photo N-VA

La sortie du nucléaire impose la construction de nouvelles centrales au gaz. La Flandre, par la voix de sa ministre Zuhal Demir, a dit NIET.

Tout ce que notre pays compte comme écologistes misait sur la COP 26 pour mettre la pression sur la Flandre pour qu’elle signe des engagements climatiques toujours plus ambitieux. Zuhal Demir, ministre flamande de l’énergie issue des rangs de la N-VA, était notamment chaudement invitée par la “caravane climatique” à délivrer le permis pour la construction d’une centrale au gaz à Vilvorde, un dispositif indispensable dans le cadre de la fermeture de nos deux dernières centrales nucléaires souhaitée par toutes les instances éco-décroissantes du pays. Et ce fut, comme pour la plupart des autres demandes de permis, un refus, net et circonstancié.

La Flandre ouverte à une écologie positive et respectueuse des besoins

Depuis ce matin, les écologistes, leurs partenaires (à la notable – et louable – exception du MR) et les entreprises qui pensaient l’affaire entendue s’arrachent les cheveux ! Tout ce petit monde crie au scandale, à l’irresponsabilité et au chantage politique. Les enfants-rois n’aiment pas qu’on leur résiste. Encore moins ceux qui ont réussi à se caser en politique. Mais qu’en est-il sur le fond?

Zuhal Demir ne souhaite pas tirer un trait sur le nucléaire? Cela ne fait aucun doute. On ne lui donnera pas tort, c’est l’unique solution énergétiquement viable pour ce pays.

Zuhal Demir est prête à sacrifier la respectabilité écologique de la Belgique à l’international? Depuis aujourd’hui, nous sommes fixés. Faut-il rappeler qu’en tant que ministre flamande de l’énergie, elle est responsable du respect des normes environnementales flamandes et de l’approvisionnement en énergie de la Flandre, pas de l’illusion de cohérence que le fédéral voudrait renvoyer à la COP26? Il n’est donc pas question de chantage dans son chef mais de détermination par rapport à une position qu’elle n’a par ailleurs aucun mal à argumenter.

Plus de gaz et donc plus d’émissions de gaz à effet de serre (GES) pour un système qui ne garantit même pas l’approvisionnement en électricité alors qu’il garantit une hausse spectaculaire des factures pour le consommateur, c’est inacceptable pour la ministre flamande.

Par ailleurs, cerise sur le gâteau, la centrale prévue à Vilvorde aurait rejeté trop d’azote et d’ammoniac. Des émissions qui ne semblent pas déranger les écologistes. Le climatisme serait-il un simple cheval de Troie du wokisme dans sa modalité écologique ?

Si l’affaire n’avait été que “politique” comme le prétendent ces détracteurs (entendez par là “contraire à la pensée écologique dominante”), Zuhal Demir aurait pu activer un levier bien plus douloureux pour le camp d’en face : la Convention d’Espoo qui commande une évaluation de l’impact transfrontalier sur l’environnement. Après tout, comme nous l’avions révélé en mai dernier dans un article, les écologistes qui tiennent le nucléaire en joue au fédéral ont bien imposé une telle étude d’incidence pour nos centrales nucléaires en sondant les populations “concernées” jusqu’à 1000 km à la ronde, jusqu’aux confins de la Norvège ! Alors, pourquoi ne pas demander à nos voisins Hollandais ou Français s’ils souhaitent, ou non, accueillir les rejets de nos centrales au gaz qui contribueront à eutrophiser leurs cours d’eau ?

Alors disons-le clairement, oui, Zuhal Demir a non seulement pris une décision politique, mais aussi une décision écologique, car une autre écologie que celle portée par les officines vertes patentées est possible. La Flandre nous offre à nous francophones l’exemple d’une écologie positive, mue par progrès et respectueuse des besoins de sa population et de son tissus industriel.

Et si on régionalisait complètement l’énergie?

A crier au loup, les « plus vraiment jeunes pour le climat » qui font carrière en politique ou dans des secteurs subsidiés vont finir par vraiment réveiller le lion des Flandres.

Ce matin le spécialiste es climat (mais aussi es migration) et désormais membre du Giec, François Gemenne, dans un parfait entre-soi comme la RTBF en a le secret, plaidait pour une refédéralisation de la politique énergétique. M. Gemenne a-t-il vraiment pris conscience des réalités géographiques et historiques du pays? Quel est le poids démographique de la Flandre par rapport aux autres composantes -à demi-faillies- du pays ? M. Gemenne pense-t-il sérieusement que la Flandre pourrait être désireuse d’un quelconque retour en arrière pour restituer des compétences gagnées de haute lutte à un comité de salut de la planète guidé dans sa vision de l’énergie par des ONG comme Extinction Rebellion ou les saltimbanques de Youth For Climate ?

Par contre, le climat politique semble parfaitement mûr pour aller en sens inverse et donc vers le confédéralisme en régionalisant totalement la politique énergétique. Pourquoi la Flandre qui a voté massivement pour la N-VA et le Vlaams Belang, tous deux ouvertement partisans du maintien des centrales nucléaires, ne proposerait-elle pas de mettre cette question sur la table pour la prochaine réforme de l’Etat (en négociant dès à présent un moratoire quant au phase out)? Après tout, Doel est bien située en Flandre. Pourquoi celle-ci devrait-elle hypothéquer son avenir énergétique pour des décisions prises par des idéologues mal informés au fédéral ? Pourquoi la plus grande partie du pays qui dispose d’une centrale nucléaire sur son territoire ne pourrait pas décider de son avenir? Si la Flandre veut conserver le nucléaire et que les francophones eux s’y opposent, la régionalisation de la question n’offre-t-elle pas la meilleure des solutions? Chacun serait maître de son destin.

Aujourd’hui, la Flandre a rugi. C’était un premier recadrage : Non, la Flandre n’a pas inscrit la décroissance à son programme. Au contraire, elle cherche à se doter des ressources suffisantes pour réaliser ses objectifs.

Et tant qu’à parler politique, il serait peut-être temps que les écologistes et leurs partenaires politiques expliquent clairement à la population qu’ils ont la décroissance en ligne de mire, eux qui n’ont de cesse de répéter que la meilleur des énergies, c’est celle que l’on ne consomme pas.

Cet excès de vertu et les campagnes incessantes de panique climatique orchestrées auprès d’une jeunesse greenwashée dénotent une furieuse tendance à la fois sectaire et suicidaire. Ici, il est question de nous contraindre à l’effacement technologique.

Côté francophone, le jour où l’électeur en prendra conscience à travers les limitations dans sa vie de tous les jours que cela implique concrètement, sa réaction risque d’être nettement plus politique que celle de Zuhal Demir. Pire, elle risque même de se situer en dehors du champ politique…

En attendant, saluons la détermination de Zuhal Demir, ministre flamande de l’écoréalisme, qui nous prouve qu’un autre horizon énergétique reste possible. C’est juste une question de… politique.

Tatiana Hachimi