Petite leçon de fondamentalisme démocratique

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Comment préserver l’essence même de la démocratie, comment sauver ce qu’il nous reste de nos libertés fondamentales en voie d'effilochement ?
Comment préserver l’essence même de la démocratie, comment sauver ce qu’il nous reste de nos libertés fondamentales en voie d'effilochement ?

Les dirigeants belges sont-ils encore de véritables démocrates ? A vrai dire, la question s’étend à tous leurs homologues européens. Sont-ils encore capables de porter et défendre les valeurs essentielles qui fondent nos démocraties européennes – en principe libérales – à commencer par la liberté d’expression, mais aussi la protection de notre vie privée et singulièrement de nos données personnelles et médicales ou encore la libre entreprise ? Ou sont-ils au contraire de serviles exécutants de la ‘davocratie’ et des nombreuses instances internationales qui jouent le rôle de courroies de ce système “en même temps” que nous aurions bien du mal à qualifier d’idéologie tant il en est justement dépourvu ? 

La vie privée, une outrance vandenbrouckienne?

Au premier abord, la question même peut paraître déplacée, incongrue, voire choquante ou provocante aux yeux du citoyen lambda. Et pourtant, si l’on observe avec acuité l’évolution du discours politique et des législations adoptées récemment, que ce soit au niveau belge ou européen, on peut raisonnablement s’interroger. Ainsi, le 9 décembre 2021, le ministre (non démocratiquement élu mais néanmoins parachuté dans le gouvernement fédéral par le biais de sordides  arrangements-entre-amis qui ont fait toute la gloire de notre petit royaume à travers “le compromis à la belge”) fédéral de la santé, M. Frank Vandenbroucke, dénonçait toute honte bue lors d’une interview accordée au magazine ‘Visie’ – le journal des mutualités chrétiennes flamandes – rien moins que le « fondamentalisme de la vie privée », qui entraverait en l’occurrence la campagne – désormais devenue permanente – de vaccination. 

Ainsi, pour M. Vandenbroucke, les protecteurs de nos données personnelles, notamment à caractère médical, sont assimilables à des « fondamentalistes », c’est-à-dire à des radicaux, qui doivent être mis sous l’éteignoir et dont la simple parole divergente doit être marginalisée, dénoncée, criminalisée. Quel retournement de situation!

Indépendamment de son caractère choquant, la saillie verbale de notre sinistre ministre fédéral de la santé révèle une abyssale hypocrisie tout en relevant de l’imbécilité: on notera qu’à ce jour, le royaume de Belgique est le seul et unique Etat membre de l’Union européenne à l’encontre duquel la Commission a estimé nécessaire d’adresser un ‘avis motivé’, dans la mesure où l’indépendance totale de l’‘Autorité de Protection des Données’ belge (APD) n’est pas garantie (violation de l’article 52 du règlement RGPD). 

Plus précisément, la Commission note qu’à l’heure actuelle « certains membres de l’autorité belge chargée de la protection des données ne peuvent pas être considérés comme libres de toute influence extérieure, parce qu’ils font rapport à un comité de gestion dépendant du gouvernement belge, parce qu’ils ont participé à des projets gouvernementaux sur la recherche des contacts dans le cadre de la COVID-19 ou parce qu’ils sont membres du comité de sécurité de l’information.»

Ce que dénonce ainsi en filigrane la Commission, ce n’est donc rien moins que les nombreux conflits d’intérêts et plus globalement la politique générale de copinage qui sous-tend en l’espèce la gestion des données personnelles des citoyens belges. Ainsi, même les apparatchiks européens les plus progressistes, les plus enclins à céder au wokisme, rentrent dans la catégorie vandebrouckienne des ‘fondamentalistes’ les plus psychorigides. Il est vrai qu’il n’est pas donné à tout le monde d’avoir la souplesse d’esprit de notre souriant ministre fédéral de la santé, dont le visage ne se déride qu’à l’annonce de fermeture de pans entiers de notre économie…

Surveiller et taxer

On se souviendra également qu’il y a à peine une quinzaine de jours, l’une des directrices de l’ “Autorité de Protection des Données” (l’organe mis en place au niveau national pour veiller à la protection de la vie privée dans le traitement des données personnelles, suite à l’introduction du ‘RGPD’), Mme Alexandra Jaspar, démissionnait (après avoir adressé plusieurs avertissements) avec fracas, dénonçant au passage de très « graves dysfonctionnements » qui empêcheraient l’exercice de la mission légalement dévolue à cet organe (placé sous le contrôle en théorie démocratique de la Chambre belge des Représentants). 

Ainsi, outre le fait que le président et certains conseillers (dont en particulier un certain Franck Robben, par ailleurs directeur ou administrateur général d’institutions publiques en charge de nos données de sécurité sociale et médicales, à l’instar de la plateforme e-health ou de la Banque-Carrefour de la Sécurité sociale) de cet organe seraient en situation manifeste de conflits d’intérêts, Mme Jaspar indique que l’Autorité de Protection des Données serait « infiltrée par des personnes qui dépendent du gouvernement”, ce qui rendrait son pouvoir de contrôle « inopérant », singulièrement à l’encontre des autorités publiques. Au final, cet organe n’exercerait sa sévérité qu’à l’encontre du monde de l’entreprise. 

Placée sous la coupe politicienne d’une Chambre des Représentants amorphe et globalement non désireuse de protéger les données personnelles (et pourtant ultra sensibles) des citoyens belges, l’Autorité de Protection des Données belge n’est en réalité qu’un tigre de papier.

Dans un autre registre (mais tout aussi sensible), la même appétence des dirigeants politiques pour les données bancaires (sous le prétexte fourre-tout de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales) de leurs concitoyens révèle une semblable dérive totalitaire: désormais, les autorités publiques se sentent en droit de contrôler à tout moment, et pratiquement sans réel garde-fous, toutes les transactions bancaires de leurs sujets, y compris celles relatives aux comptes bancaires en principe strictement ‘privés’ comme le compte-épargne ou les compte-titres. 

Plus rien ne doit échapper à l’œil inquisiteur de l’Etat et de son bras financier, l’administration fiscale. Toute somme d’argent, fût-ce la plus modique, doit inexorablement alimenter la boulimie étatique. Un revenu non perçu s’analyse désormais exclusivement comme un ‘manque à gagner’ pour les autorités publiques et donc comme une fraude. Quiconque envisagerait de s’y dérober et de faire valoir le principe de la protection de la vie privée passerait immanquablement pour un fraudeur potentiel.

Le citoyen-contribuable est mis à nu. La glasnost (transparence) 2.0 décidée par les institutions internationales et la davocratie est servilement implémentée par nos hommes politiques. 

Le juridisme libéral poussé à son paroxysme, fondé à la fois sur des droits universels purement abstraits (par exemple, le droit à la vie qui en tant que tel n’a jamais sauvé la vie de qui ce soit) et sur la conformité à des règles de droit elles aussi plus ou moins abstraites, voire absurdes (la courbure des bananes) finit par accoucher d’un paradis institutionnel où l’exercice de la liberté effective s’est évaporé dans de grands principes. 

Dans un tel contexte politique, comment préserver l’essence même de la démocratie, comment sauver ce qu’il nous reste de nos libertés fondamentales en voie d’effilochement ?   Peut-être en cultivant un certain fondamentalisme démocratique. 

Gaëtan Zeyen