Nucléaire : stop ou encore ?

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Stand Up for Nuclear Brussels © Nicolas Castin Photography, Instagram nicolasmbcastin

Aucun doute pour tous ceux qui ont rejoint depuis les quatre coins de la planète la manifestation qui s’est tenue le 11 septembre dernier à Bruxelles, il est urgent de retrouver la raison et de prolonger le nucléaire pour maîtriser à la fois les prix de l’énergie et le niveau des émissions de carbone.

Nuclear Pride

Certaines manifestations se distinguent par le nombre de participants. D’autres, interpellent par la nature du public qu’elles mobilisent. Ce fut singulièrement le cas ce 11 septembre sur le carrefour de l’Europe où se déroulait une action de Stand Up for Nuclear, le plus grand réseau international pro-nucléaire.

En effet, les quelques centaines de personnes qui ont clamé dans toutes les langues et dans le plus grand calme tout leur attachement à l’énergie nucléaire provenaient de plus d’une dizaine de pays européens, mais aussi des Etats-Unis, du Canada et même de Corée du Sud. Autre fait notable, la plupart des participants étaient des ingénieurs, toutes tranches d’âges confondues. Autant dire que la somme de connaissances scientifiques et le niveau de QI rassemblés sur l’esplanade de la gare centrale étaient assez phénoménaux.

Tous se sont mobilisés pour défendre, sans le moindre complexe, une énergie qu’ils considèrent comme propre, fiable et abondante, mais diabolisée depuis de nombreuses années par le lobby de l’écologie politique. A l’heure où les émissions de carbone inquiètent certains observateurs du climat et font grimper les prix de l’énergie sous l’effet des taxes carbone, ils considèrent que le maintien du nucléaire est une nécessité absolue.

Interrogé sur sa motivation pour participer à un tel événement, un jeune américain explique que « dans le monde, il y a peut-être quatre cents centrales nucléaires, pas plus. Celles-ci, ensemble, produisent 10% de l’énergie mondiale. Alors quand l’une d’elles est mise à l’arrêt, c’est un véritable drame pour l’Humanité dans son ensemble. »

L’événement se tenait en Belgique à l’invitation de divers acteurs comme l’association citoyenne 100TWh, la société savante Belgian Nuclear Society ou encore weCARE, une structure qui agrège différentes ONG qui ont pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce rassemblement avait pour objectif de mettre en lumière l’impasse énergétique qui guette la Belgique avec la suppression pressentie de deux centrales, Tihange 3 et Doel 4.

Si la sortie du nucléaire pose déjà de grands problèmes dans des pays comme l’Allemagne ou la Pologne, en Belgique, pays où 50% de l’électricité est produite dans des centrales atomiques, on ne peut même pas imaginer l’étendues des conséquences en termes de pénurie d’énergie et d’envolée des prix de celle-ci.

En un mot, selon Marc Deffrennes, ancien fonctionnaire européen et fondateur de weCARE, si l’abandon du nucléaire est une mauvaise idée sur le plan environnemental, dans des pays dépendants de cette énergie comme le sont la France et la Belgique, cela devient totalement irresponsable vis-à-vis de la population et des entreprises qui seront tôt ou tard impactées par l’insécurité dans l’approvisionnement électrique. C’est dans ce sens qu’il a adressé un courrier aux différents décideurs européens afin de reconsidérer leur position vis-à-vis du nucléaire pour l’intégrer dans le mix énergétique en phase avec les politiques de développement durable.

Il est donc moins une en Belgique pour sauver ce qui peut l’être encore et planifier l’avenir énergétique de notre petit pays qui aura bien du mal, par sa taille, à négocier avantageusement le prix de l’électricité lorsqu’il devra se fournir à l’étranger. Rien que pour cette raison, le Stand Up for Nuclear avait déjà toute sa place à Bruxelles. Mais comme Bruxelles, c’est aussi l’Europe, c’était doublement important qu’il s’y déroule. 

Le politique pris en flagrant déni

De nombreux intervenants issus de chaque pays ont pris la parole pour expliquer les conséquences concrètes de la diminution de l’activité des centrales nucléaires dans leur pays. Les Allemands et les Polonais déplorent l’augmentation faramineuse des émissions de carbone. Au rang des mauvaises nouvelles, il faut ajouter aussi celles qui affecteront l’emploi. 

Pol Bossens a clairement interpellé le monde politique, tant belge qu’européen, sur l’urgence de prendre en considération les voix, de plus en plus nombreuses, de citoyens qui réalisent que la transition énergétique ne peut pas se faire sans le nucléaire.

Jai Cho, venu exprès de Corée du Sud pour cet événement a expliqué comment son pays, l’un des plus pauvres au monde après la guerre qui l’a ravagé s’est relevé pour devenir l’un des plus prospères grâce aux centrales nucléaires. Celles ont permis de réindustrialiser son pays pour l’amener à devenir aujourd’hui l’un des leaders dans les semi-conducteurs.

Pour sa part, Philippe Hendrickx, Président de la Fédération belge des cadres de l’énergie, a rappelé l’importance de l’expertise belge en matière de nucléaire, tout en exhortant le monde politique à remiser la folie de la sortie du nucléaire. Pour justifier une position aussi tranchée, il a mis en avant que 50% de la consommation d’électricité est couverte par le nucléaire et que celui-ci fournit 75% de l’électricité bas carbone. Outre la hausse des émissions de carbone, la sortie du nucléaire conduira à la disparition de 7000 emplois hautement qualifiés; elle menacera aussi notre sécurité d’approvisionnement et fera exploser les factures d’électricité, pour les particuliers comme pour les entreprises conclut Philippe Hendrickx. 

Dans la foule, quatre ingénieurs nucléaristes l’applaudissent. L’un d’entre eux a déjà quitté le secteur et s’est reconverti dans l’industrie chimique. Un autre explique, dépité, qu’il ne travaille plus pour la centrale de Tihange à proprement parler, mais à son démantèlement. Quand on demande où est le personnel de base, un autre répond que ses collègues sont mis sous pression par les syndicats. Il y a bien un délégué syndical présent. Mais sa hiérarchie lui a bien fait comprendre qu’il n’était pas le bienvenu à cette manifestation. 

Dans un pays où les syndicats sont à la remorque des partis, qui s’entendent tous sur la sortie du nucléaire, on a bien compris qu’il n’y aura pas de vague de ce côté-là. Il ne faudra pas oublier ce positionnement le jour où ces mêmes syndicats inviteront leurs camarades, des pauvres ères qui ne pourront plus se chauffer, à descendre dans la rue pour manifester en faveur du pouvoir d’achat car ils auront pris part à son massacre en laissant les prix de l’énergie exploser ! 

Le retour en grâce du nucléaire ? 

De ce stand-up, il se dégageait une atmosphère profondément prométhéenne au sens propre du terme. Il y avait là, rassemblés, des hommes qui se battent pour qu’on ne leur retire pas le feu… Pour que l’humanité ne glisse pas en arrière, dans un monde où elle se retrouverait diminuée et dans les ténèbres, privée d’énergie.

Pour prolonger cette action, la Belgian Nuclear Society organise le 23 septembre prochain une conférence intitulée : Belgian Nuclear Phase-out : what impacts ? Celle-ci, se déroulera (en ligne et) en présentiel à la salle Mona Lisa située 56 avenue des Arts à partir de 18H30. Les détails du programme se trouvent sur le site de la BNS.

L’échéance approchant, de nombreux citoyens belges réalisent petit à petit que « sortir du nucléaire » est le plus sûr moyen d’arriver dans une impasse énergétique. Il est donc grand temps de s’informer correctement pour se forger une opinion avant que des décisions politiques irréversibles ne soient mises en œuvre. Le consommateur doit savoir à quelle sauce il sera mangé. Après, il ne restera plus qu’à l’électeur à écrire la fin de l’histoire… 

Tatiana Hachimi