NUCLEAIRE: Il faut sauver le soldat Doel 3

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En Belgique où le nucléaire tient une place importante dans le mix énergétique, la fermeture des réacteurs aurait des conséquences plus importantes que partout ailleurs.

Une saga nucléaire de près de vingt ans

Rétroactes. En janvier 2003, le libéral Verhofstadt est à la tête d’une formation arc-en-ciel qui unit – pour le meilleur et pour le pire, surtout – des libéraux, des socialistes et des écologistes. Sous l’impulsion de ces derniers, il décide de la sortie du nucléaire. C’est la loi Deleuze. Traditionnellement, en Belgique, le nucléaire alimentait plus de 50% de la production d’électricité.

Quelques mois plus tard, le gouvernement Verhostadt II voit le jour. Exit les écologistes. Néanmoins, les socialistes flamands reprennent cet héritage à leur compte en continuant d’exiger le maintien de la sortie du nucléaire.

Depuis lors, le principe de réalité n’a eu de cesse d’envoyer des signaux de prudence à la classe politique. Celle-ci s’est livrée au plus long et formidable numéro de cirque qu’ait connu le pays. La saga a continué sans qu’aucune centrale ne ferme. Toutefois, en 2018 une décision est intervenue en faveur de la fermeture des centrales entre 2022 et 2025. La ministre de l’énergie de l’époque, Mme Marghem (MR) évaluait le  coût de cette sortie du nucléaire à 15€/an  par ménage ! On croit rêver…

Jusqu’à aujourd’hui, les numéros de funambules politiques se sont poursuivis livrant de formidables retournements de vestes. Mais le fait est là : en 2022, il faut commencer à fermer les réacteurs. Si des contorsions ont permis de très provisoirement sauver le sort de Doel 4 et Tihange 3, il n’en va pas de même pour Doel 3 et Tihange 2. En effet, le réacteur de Doel 3 sera le premier réacteur du pays à être mis à l’arrêt dans la nuit du 23 au 24 septembre 2022. Pour Tihange 2, le jour fatidique de la mise hors service est prévu en février 2023.

Pour que Doel 3 ne soit pas notre Fessenheim

Alors que la France regrette amèrement et publiquement la mise à l’arrêt de la centrale de Fessenheim, la Belgique s’apprête à commettre la même erreur.

De nombreux acteurs de la société civile sont vent debout contre l’absurdité de telles décisions qui n’ont d’autre objectif final que de caresser dans le sens du poil le partenaire écologiste auquel on apporte le nucléaire belge comme un trophée. En période de crise énergétique majeure, les priorités doivent être mises ailleurs. Il s’agit de la survie de millions de Belges qui ne parviennent déjà plus à ce stade à honorer leurs factures. Mais pire, encore, il en va de la sécurité de notre approvisionnement. En effet, dans le contexte géopolitique actuel où le gaz fait défaut et où la plupart de nos voisins s’enferrent dans des politiques aussi militantes et improductives que les nôtres, il sera très difficile de passer l’hiver prochain (et les suivants) sans blackout.

Pour éviter le pire sur le plan énergétique à notre pays et à une grande majorité de nos concitoyens et même à la plupart des entreprises, des collectifs citoyens ont décidé de passer à l’action. Privés de relais politique au sein du gouvernement actuel, ils en sont réduits à mener des actions sur le terrain et à saisir la justice !

Stand Up for Nuclear en action sur le terrain à Bruxelles en 2021.

Ainsi, un collectif d’associations qui militent pour une énergie fiable et abordable sera présent ce 23 septembre sur le site de Doel 3 entre 10h et 12h pour marquer physiquement leur attachement à notre parc nucléaire dont Doel 3 fait légitimement partie. Parmi celles-ci, on peut citer Stand Up for Nuclear, 100 TWh, We Care et d’autres, toutes réunies au chevet du réacteur de Doel 3. Des partis d’opposition et non des moindres, comme la NVA, participeront également à l’événement.

Par ailleurs, 100TWh a également introduit une action en justice le 16 septembre dernier avec pour objectif d’empêcher la mise en application de loi Deleuze qui organise l’arrêt du nucléaire pour 2025.

Pour éviter les erreurs commises à Fessenheim, pour ne pas alourdir la facture énergétique des Belges, pour éviter les pénuries d’électricité et leur cortège de faillites, les citoyens peuvent encore faire la différence en envoyant des signaux clairs à leurs élus. Il faut sauver le soldat Doel 3, premier sur la liste des condamnés.

T.H.