Les cliniques universitaires Saint-Luc et Novadip ouvrent la voie à de nouvelles perspectives de guérison pour des interventions jusqu’alors vouées à l’échec grâce à la mise au point d’un greffon tissulaire osseux autogène en 3D.

La Belgique peut s’enorgueillir d’une innovation majeure sur les plans de la recherche en biotechnologie et de la chirurgie orthopédique. On le sait, la reconstruction d’importants volumes osseux constitue depuis toujours un défi insurmontable. Or une spin-off belge, Novadip Biosciences, s’est révélée aujourd’hui être à l’origine d’une prouesse thérapeutique sans laquelle un jeune patient de cinq ans aurait été amputé. C’est une première mondiale qui pourrait à terme révolutionner les chirurgies orthopédique et réparatrice.

Un petit garçon atteint d’une maladie rare, une pseudarthrose du tibia, qui perturbe l’équilibre entre les ostéoblastes et les ostéoclastes, est vainement traité par voie chirurgicale pour réparer une fracture. Au lieu de se consolider, son tibia continue à perdre de la masse osseuse conduisant à une situation dramatique où, en l’état actuel de la médecine, l’orthopédiste, la mort dans l’âme n’a d’autre option que l’amputation.

C’était sans compter avec la détermination d’une équipe constituée autour d’un chercheur dont le travail était arrivé à maturité, le Dr. Denis Dufrane à l’origine de la spin-off Novadip et d’un chirurgien de l’UCL, le Pr. Pierre-Louis Docquier, prêt à tenter l’impossible pour changer le destin de son jeune patient. C’est ainsi qu’il y a 33 mois, grâce à leurs efforts – et volontés- conjugués, l’enfant bénéficie d’un implant tissulaire en 3D de plus de 18 cm³. Le greffon, qui pourrait être comparé à une sorte de plasticine, est directement implanté dans la fracture non cicatrisante. Un an après l’implantation, les résultats montrent un remodelage osseux suffisant pour permettre au patient de marcher sans douleur et sans récidive apparente de la maladie. Aujourd’hui, 2 ans plus tard, le petit bonhomme marche normalement, l’opération est une réussite et c’est une première mondiale !

Concrètement, des cellules souches ont été prélevées à partir du tissu adipeux du patient. Ensuite, elles ont été cultivées de façon à les multiplier et à les reprogrammer pour qu’elles évoluent spécifiquement en cellules osseuses. Ceci maximise les chances de prise du greffon puisqu’il est autogène et constitué de cellules bien différenciées. Par ailleurs, cette thérapie est particulièrement adaptée aux enfants puisqu’elle offre un résultat qui évolue au rythme de leur croissance sans nécessiter d’intervention extérieure comme ce serait le cas avec une prothèse.

« Nous n’avons pas choisi la facilité en commençant par nous attaquer à une pathologie rare, » explique le Dr. Dufrane avant d’ajouter « Mais ces cas sont tellement désespérés qu’on ne peut pas les ignorer. Maintenant que nous avons obtenu ce premier résultat encourageant, nous espérons offrir à l’avenir des solutions à beaucoup d’autres types de maladies rares. Par ailleurs, cette forme d’implant osseux pourrait venir en aide aux victimes de traumatisme à haute énergie, comme les victimes de guerre ou d’attentat. »

Cette technologie extrêmement prometteuse développée par la spin-off a été rendue possible grâce à une première levée de fonds de 28 millions d’euros. Aujourd’hui, Novadip aborde le round B et souhaite lever 30 millions supplémentaires. Ceci ne représente jamais qu’une petite portion de ce qui a été dilapidé par l’Etat dans la saga des masques… 

Tatiana Hachimi