NewB : une affaire à suivre

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B-Mag vous propose de suivre la saga NewB dans ses œuvres. Nous ferons à nos lectrices et lecteurs un historique et compte-rendu de son évolution. Ceci est le premier article de la série « NewB » (non disponible sur Netflix).

C’est nouveau, ça vient de sortir 

Fin 2019, la société coopérative NewB surfe sur la vague verte et procède à une levée de fonds impressionnante. Son objectif : obtenir une licence bancaire. Son ambition : devenir une banque verte, éthique, durable, responsable, inclusive et tout le reste dans l’air du temps postmoderne. Elle avait entamé les pourparlers avec la Banque Nationale de Belgique (BNB) et la Financial Services and Markets Authority (FSMA) à partir de 2017.

Pour l’avoir vécu, c’est un processus long et fastidieux. Les conditions à remplir sont d’un niveau élevé. Le dossier, une fois ficelé, doit faire ensuite l’objet d’allers et retours entre les autorités compétentes et les dirigeants de la future banque.

Au final, le prospectus doit être validé au niveau local par la FSMA mais la licence bancaire, une fois octroyée par la BNB, doit encore être approuvée par la Banque Centrale Européenne (BCE). On ne badine pas avec les licences bancaires dans l’Union Européenne.

L’affaire est rondement menée dans les règles avec un prospectus à la disposition des investisseurs potentiels. Les avertissements sur les risques sont écrits noir sur blanc. Il y a 3 types de parts disponibles à la souscription :

  • Parts de coopérateur A (2 000 EUR de valeur nominale): ce sont les Parts de Coopérateurs sociétaux réservées aux institutions (associations sans but lucratif, sociétés coopératives, fédérations, etc.) faisant partie de la société civile et justifiant d’une expertise en matière sociétale.
  • Parts de coopérateur B (20 EUR de valeur nominale): ce sont les Parts de Coopérateurs ordinaires réservées aux personnes physiques ou morales.
  • Parts de coopérateur C (200 000 EUR de valeur nominale): ce sont les Parts de Coopérateurs investisseurs réservées aux personnes morales justifiant d’une expertise en matière financière.

Si elle visait les 30 millions d’euros au départ, New B en obtiendra 35. Le succès est au rendez-vous. Il faut dire que les thèmes que New B soutient sont porteurs dans le zeitgeist ambiant. La sursouscription à l’offre est donc une réussite pour la future banque qui a grandement besoin de capitaux et de liquidités, comme nous le verrons plus loin.

NewB obtient un agrément en qualité d’établissement de crédit le 31 janvier 2020 et devient donc comme un nouvel acteur bancaire dans l’environnement belge en proposant les services suivants :

  • comptes courants
  • livrets d’épargne (non réglementés et non rémunérés)
  • services de paiements
  • cartes bancaires
  • financement de projets durables via des crédits à moyen terme pour les particuliers
  • courtage en assurances
  • distribution de fonds d’investissement de tiers à vocation durable

Pas si new que ça…

Mais le diable est dans les détails. Une lecture attentive du prospectus de 188 pages nous révèle que New B n’est pas si… new ! En effet, la société coopérative européenne à responsabilité limitée a été constituée devant notaire le 6 mai 2011 et opère donc depuis plus de 8 ans à la date de son augmentation de capital. Le capital social est porté à 6,2 millions d’euros à la constitution. Il fera l’objet d’une augmentation de capital entre le 01/01/2019 et 30/06/2019, à la suite de quoi, le capital de NewB s’élève à 15 249 470 EUR.

Déjà en 2010, des organisations sociales (MVL-FINANCE, ADEPPI, BBL-Vlaanderen, CCF, CNCD-11 11 11,  CREDAL  SC,  ETIKA,  Global  Society,  Greenpeace  Belgium,  Hefboom,  Inter-Environnement Bruxelles, Médecins du  Monde-Dokters  van  de  wereld NV,  Ateliers  de  Pontaury,  Réseau Financement Alternatif, SAW-B, S.N. Bru, TRADE4YOU et Vredeseilanden) ainsi que certaines personnes privées, se sont concertées quant au lancement d’une nouvelle banque coopérative éthique. C’est à la suite de cette concertation que le projet NewB voit le jour en mai 2011. On y retrouve donc tout le petit monde associatif ultra-subventionné avec vos deniers. Souriez, c’est vous qui payez.

NewB opère donc déjà dans les services financiers (mais non-bancaires) et ceci est parfaitement légal, notamment avec une licence FSMA en tant qu’intermédiaire d’assurance pour une compagnie française.

Pertes reportées

Mais les opérations sont loin d’êtres fructueuses au vu de ses résultats. En effet, selon  les  comptes  arrêtés  au  30/06/2019,  les pertes reportées de NewB s’élèvent à 10 732 632 EUR (prospectus, page 2). À la même date, la valeur intrinsèque de la part A était estimée à 595 € contre 2 000 EUR à la souscription. La valeur intrinsèque de la part B est estimée à 5,95 EUR contre 20 EUR à la souscription.

Si vous participez à l’offre d’augmentation de capital fin 2019, cela signifie que vous consentez à combler un trou généré par un rendement de l’ordre de -70% (négatif !) en l’espace de 8 ans. Sachant que les parts sont illiquides et ne peuvent être cédées à un prix supérieur à leur valeur nominale, il va en falloir du courage à nos investisseurs pour remonter la pente.

En outre, le dividende ne peut en aucun être supérieur au pourcentage fixé conformément à l’Arrêté Royal du 8 janvier 1962 concernant l’agrément des sociétés coopératives, soit 6% de la valeur nominale des parts après retenue du précompte mobilier. Mais alors, pourquoi souscrire?

Le prix du « Camp du Bien »

Combiné au livret d’épargne non réglementé offrant un taux de rémunération de 0%, il y a de quoi faire rêver l’investisseur potentiel, qu’il soit porteur de part ou déposant. Mais bon, ça a marché. À défaut de rendement financier, NewB a vendu à ses souscripteurs de l’autosatisfaction. Quand on veut faire partie du « Camp du Bien », il faut en payer le prix. Il faut dire que, en termes de marketing et communication, NewB a parfaitement cerné et atteint son coeur de cible : le bobo-écolo urbain, champion toute catégorie du greenwashing. C’est intelligent.

Ici, il s’agit de pertes reportées au-delà de 10 millions d’euros avec, si tout va bien, un premier bénéfice au terme de l’exercice 2024 selon le plan financier. En projetant le bénéfice 2024 estimé de manière linéaire, le retour à l’équilibre des fonds propres à leur valeur nominale sera donc pour 2032, toutes choses étant égales par ailleurs. Si tout va bien. Si la licence bancaire est obtenue (ce qui est chose faite à l’heure où cet article est rédigé) et si le plan d’affaires se déroule comme prévu. C’est là que ça commence coincer. Et la crise du Covid-19 n’y est pas pour tout.

La suite dans notre prochain article. En plus du volet financier, nous nous pencherons également sur la politique diversitaire de NewB.

Jules Alove