Notre critique de Planet of the Humans.

Avant Planet of the Humans, je n’avais encore jamais regardé de documentaire réalisé ou produit par Michael Moore. Pourtant, je lis régulièrement des auteurs « de gauche » pour ne pas m’enfermer dans une bulle cognitive « de droite » (Chantal Mouffe, Frédéric Lordon et Yves Citton comptent parmi mes essayistes préférés). Mais de Michael Moore, je ne connaissais que les emportements grossiers contre Donald Trump, religieusement relayés par la presse subventionnée. Comme l’apparence compte, je me disais que rien de bon ne pouvait sortir de ce « gauchiste » vieillissant et colérique. J’avais vaguement entendu parler de ses documentaires à charge sur les soins de santés impayables et les armes à feu aux États-Unis, et ça ne m’intéressait pas. Ces opinions sont trop consensuelles de ce bord si de l’Atlantique que pour mériter mon attention. Plus encore que le progressisme, je déteste la paresse intellectuelle, l’hypocrisie petite-bourgeoise et l’absence de prise de risque qui caractérisent le politiquement correct.

Le body shaming, c’est mal ! Source: Photo de David Shankbone

Pourtant, en osant produire Planet of the Humans, Michael Moore a rompu avec le consensus de son milieu et a pris de très gros risques pour sa carrière. Des deux côtés de l’Atlantique, les militants progressistes, les grosses entreprises, les médias dominants et les universités se sont ralliés derrière le dogme des énergies renouvelables et de la « croissance verte ». En Europe de l’Ouest, où les partis « conservateurs » devancent les modes progressistes, et où les « populistes » sont écartés du pouvoir, l’empire du tout-au-renouvelable ne rencontre aucune opposition. En Belgique francophone, Planet of the Humans a fait l’objet d’une recommandation timide de la part de la RTBF. Silence radio du côté de La Libre et du Soir, qui d’habitude n’hésitent pas à servir de caisson de résonance aux humeurs de Michael Moore.

Une critique salutaire des énergies soi-disant renouvelables…

Pourtant, ce documentaire mérite d’être regardé par le plus grand nombre. En premier lieu pour la nuance qu’il introduit dans ce débat : le réalisateur, Jeff Gibbs, est un écologiste de la première heure , qui prend au sérieux les menaces posées par le changement climatique. Le film ne chante pas l’éloge du pétrole et du nucléaire, mais dénonce les chimères de la « croissance verte ». Au mieux, les énergies soi-disant renouvelables ne parviennent pas à « décarboner » l’économie. Au pire, elles accentuent d’autres dégâts environnementaux : la déforestation, l’exploitation animale, les exploitations minières toxiques, etc. Je ne rentre pas dans les détails : une image vaut mille mots, et les documentaires servent à ça. De plus, vous pouvez regarder gratuitement Planet of the Humans sur YouTube, donc faites-le !

Pas si durable que ça, l’énergie éolienne… Source : Planet of the Humans, de Jeff Gibbs

… gâchée par la démagogie anticapitaliste

Mais ne vous laissez pas non plus hypnotiser par la voix et par la mise en scène de Jeff Gibbs. Pour capter l’attention de son auditeur et appuyer sa démonstration, le réalisateur n’hésite pas à faire jouer la corde sensible : musiques dramatiques, arrêts sur image, petites phrases tirées de leur contexte… Sans ces grosses ficelles, Planet of the Humans nous ferait bailler comme un film des frères Dardenne un jour de pluie. Les documentaires sont comme ça, et Jeff Gibbs n’y peut rien. Avec le medium audiovisuel, l’émotion prime toujours sur la réflexion. C’est à l’auditeur de s’en rappeler, et d’enrichir son expérience de visionnage par des lectures plus approfondies sur le sujet.

J’ai mes réserves personnelles par rapport à l’idéologie anti-productiviste et décroissante du réalisateur. Il n’est fait aucune mention de l’énergie nucléaire et des progrès encourageants dans ce domaine (centrales au thorium, recyclage des déchets, etc.) Jeff Gibbs condamne sans nuance la « civilisation industrielle » et prône la décroissance démographique (pourtant déjà commencée) comme solution à nos maux environnementaux. Ça ne serait pas trop gênant s’il ne versait pas carrément dans la démagogie par moment. Par exemple, quand il suggère que les gens riches sont riches parce qu’ils veulent bien détruire la planète pour s’enrichir (facile, hein ?)

Ne vous y trompez pas : malgré toutes ces mises en garde, je recommande chaudementce documentaire.Planet of the Humans est une critique courageuse et nécessaire de l’arnaque des énergies renouvelables, à condition de ne pas la prendre à son tour pour une parole d’évangile.

Nicola Tournay