La tension monte entre Washington et Ankara. En effet, Trump a décidé de frapper durement la Turquie en imposant un doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium. Dans la foulée, la Turquie a vu sa monnaie nationale s’effondrer de plus de 20% sur le marché des changes cette semaine (EURTRY 8,7150 au 14 août 2020).

Mais cette crise n’est pas nouvelle puisque le pays connaît des déficits budgétaires ainsi que des déficits courants depuis plusieurs années maintenant. Et les appétits conquérants et autres provocations sur la scène internationale du président et apprenti-sultan Recep Tayip Erdogan ne sont pas là pour ralentir la machine à dépenses du secteur public, ce qui accroît le niveau de méfiance, d’autant plus que les marchés n’ont pas apprécié la nomination du beau-fils à la tête de la banque centrale turque. En termes d’indépendance de gestion et d’action, le message a été particulièrement mal perçu. A raison.

Là où cela devient nouveau, c’est que la contagion ne s’est pas seulement propagée aux suspects habituels tels que l’Argentine, le Venezuela ou encore le Mexique. Ce sont maintenant le marchés européens qui ont commencé à montrer des signes de stress, le secteur bancaire étant évidemment en première ligne en raison de son exposition de crédit vis-à-vis d’un débiteur de plus en plus douteux. D’ailleurs, il y a de quoi être nerveux quand on voit ce qui se passe aux portes de l’Europe, notamment à la frontière greco-turque mais aussi en Mer Egée avec les explorations gazières sous-marines menées par la turquie. Même la France habituellement servile a commencé à montrer les dents, ce qui est un bon indicateur du niveau de nervosité ambiant.

La Turquie est certes un grand pays et représente la 17e économie mondiale. Elle ne peut toutefois soutenir de tels déficits structurels à terme. En effet, le pays doit emprunter en dollars (mais aussi partiellement en euros) pour se financer. Sa prime de risque va donc exploser, ce qui va renchérir le coût de la dette et contribuer à creuser un peu plus les déficits. La conséquence est évidemment l’emballement de l’inflation (taux moyen de l’ordre de 12% en 2020) qui doit dès lors être combattue par la banque centrale en augmentant les taux d’intérêt, ce qui a pour conséquence de renchérir le coût du crédit pour les particuliers et les entreprises ainsi que de brider la croissance économique tout en créant du chômage. Avec la crise du coronavirus, il semble que, d’un point de vue économique, tous les ingrédients soient réunis pour assister à un véritable effondrement de l’économie turque sous peu.

On se souvient de l’empressement de l’Allemagne (qui comprend 3,5 millions de ressortissants d’origine turque pour rappel) à venir au chevet de la Turquie en 2018 afin d’appuyer un plan de sauvetage mêlant la Banque Mondiale, la BERD et le FMI. Mais la descente aux enfers continue pour la Turquie qui n’a toujours pas emprunté la voie de la réforme de ses finances et de son économie.

Pour rappel, le FMI fonctionne comme un fonds d’investissement ou une société anonyme au niveau des voix. Plus on détient de son capital, plus on a voix au chapitre. La majorité de blocage est fixée statutairement à 15%. Les USA détiennent environ 17% du capital et donc des voix, ce qui leur donne de facto un droit de veto sur tout plan de sauvetage voté au sein du FMI. Monsieur Erdogan y a-t-il pensé ?

Quoi qu’il en soit, on comprend mieux maintenant le comportement belliqueux et expansionniste du président turc qui préfère créer un écran de fumée devant cette spirale infernale dans lequel son pays est engouffré. Comme à chaque fois, ça finira mal dans le sang et la douleur. Inévitablement.

Jules Alove