Liège, ton univers irrécupérable

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Liège et son Palais de Justice
Image par routey de Pixabay , Liège et son Palais de Justice

Grâce aux festivités de la Saint-Parvenu qui battent leur plein depuis quelques jours, la principauté de Liège devrait pouvoir demander son jumelage avec l’île de Madagascar où se pratique l’étrange rituel du retournement des morts.

Il y a encore de la Coffin Dance au programme pour le camarade André Cools qui se retourne dans sa tombe à chaque soubresaut de l’affaire Publifin! Voilà des années que cet abcès wallon n’en finit pas de suppurer. Le dernier épisode en date nous offre quand même quelque chose de plus consistant avec l’incarcération des hommes forts du système Nethys dont le jusqu’à présent intouchable Moreau. Est-ce par sexisme que la grande cheffe des branleurs de mouches, Bénédicte Bayer, a échappé aux barreaux? A moins qu’elle ne se soit mise à table? 

L’étau se resserre. Certes. Mais les parvenus n’ont pas dit leur dernier mot pour autant. A ce stade, on peut déjà déplorer le manque d’efficacité de la commission d’enquête parlementaire Publifin (2014-2015). Il faut croire que les élus PS, MR, Ecolo qui y siégeaient sont passés à côté d’éléments-clefs du système qui, aujourd’hui, ne laissent pas le parquet insensible… Avec Crucke, on allait voir ce qu’on allait voir. Et au final, on n’a pas vu grand chose de ces liens qui unissent les corrupteurs et les corrompus.

Or ce système aux relents mafieux pose problème depuis des décennies. A Liège en particulier. Comment ne pas inscrire l’assassinat d’André Cools comme le prequel de Publifin? Comment ne pas voir en l’élimination de ce chef de clan « à l’ancienne » l’élément qui a permis aux « affaires” liégeoises de prospérer de façon oecuménique, c’est-à-dire avec l’aval -et plus si affinités-des différents partenaires qui se sont acoquinés au PS au fil du temps? Accessoirement, sans la disparition de ce mâle alpha, Di Rupo n’aurait certainement pas eu la carrière qu’on lui connaît.

Celui qui depuis des décennies nous explique vouloir chasser les parvenus a surtout réussi à exporter les pratiques de son parti auprès de ses partenaires. Dans les affaires de Charleroi, le PS tenait le premier rôle. A Liège, il a contaminé ses partenaires de majorité avec qui il partage l’affiche. Et ce n’est guère rassurant quant à la suite qui d’une façon ou d’une autre dépend de la qualité du travail de nos élus.

Sans repentis parmi les parvenus, tout le courage d’un juge ne suffira pas à faire voler en éclat l’omerta qui garantit la pérennité du système liégeois. En réalité, il faudrait prendre le problème à l’envers et se demander qui n’a pas fermé les yeux, qui a résisté à cet argent facile? Cela donne le vertige et une image bien glauque de l’écosystème politique wallon. Malgré son irritant zozotement qui le ferait passer pour un inoffensif, même un écologiste comme Nollet, alors ministre wallon de l’énergie, a laissé le champ libre pour permettre à Publifin de devenir une hydre aussi tentaculaire que rémunératrice pour ses administrateurs. 

En attendant le prochain épisode des affaires liégeoises, saluons le courage du juge Frenay qui agit sans sourciller. Saluons aussi la ténacité d’un journaliste comme David Leloup qui depuis des années ne lâche pas le morceau. Et comme à l’inverse de Navalny, celui-ci n’enquête pas sur Poutine, les entraves à son travail et les intimidations dont il fait l’objet ne provoquent pas l’émoi de la classe politique locale…

D.D.