Une jeune commerçante, ruinée, a mis fin à ses jours. Elle avait 24 ans. Elle s’appelait Alysson et avait ouvert en août dernier un barber shop à Liège. Bien mal lui en prit!

En cette fin novembre 2020, la rue Saint-Gilles, cette longue artère commerçante sur le déclin est encore plus triste que d’accoutumée. Dans une ville, tout est cyclique. Les hauts et les bas des différents quartiers font partie de ce mouvement pulsatile qui rythme l’histoire d’un centre urbain. Souvent il faut attendre qu’un morceau de ville nécrosé ait touché le fond pour qu’il redémarre grâce à des énergies alternatives qui le redynamisent en osant y investir.

Alysson, pétillante et débordante de créativité, venait d’installer son commerce, Hooterscutting, au numéro 100 de la rue Saint-Gilles, un axe à l’agonie depuis des décennies comme le sont la rue Ferronstrée ou la rue de la Cathédrale. On n’y compte plus les vitrines vides. Alysson avait des allures de fée Clochette. Son initiative était de celles qui peuvent agir comme un électrochoc pour ramener à la vie une artère commerçante condamnée en attirant d’autres initiatives du même type. Une spirale vertueuse peut alors s’enclencher et déboucher sur une véritable émulation.  

Mais ça, c’était avant. Car aujourd’hui, les bas, sont synonyme de descente aux enfers des quartiers sur fond de disparition des commerçants au sens propre du terme. Début août, au moment justement où Alysson démarrait son activité, la ville de Liège avait déjà été endeuillée par le suicide du célèbre restaurateur Gérard Miller. Celui-ci avait mis fin à ses jours après avoir été incapable de surmonter les dommages liés au premier confinement.

A son tour rattrapée par la crise sanitaire du coronavirus qui l’a frappée de plein fouet, la jeune commerçante n’a pas eu le temps de prendre sa première respiration qu’elle était déjà submergée par les dettes. N’ayant pas exercé en tant qu’indépendant auparavant, elle ne parvenait pas accéder aux quelques aides accordées par les autorités à ceux qui tentent de (sur)vivre de leur activité.   

Combien sont-ils ces commerçants sur le carreau? Ces « non essentiels » qui structurent les villes, surtout les plus petites? Ces coiffeurs, ces papeteries et ces parfumeries sans lesquels une ville n’est plus une ville? Nos technocrates devraient s’éloigner de Bruxelles et se promener dans les rues confinées de Braine-le-Comte ou de Pepinster pour mesurer l’ampleur du désastre, pour prendre le pouls d’un tissus économique et social à l’agonie. Ils devraient se pencher sérieusement sur la véritable misère qui gagne une jolie petite ville comme Aywaille avant de dilapider de l’argent dans des politiques vouées à l’échec, qu’elles relèvent de l’énergie ou de la migration.

Dans un témoignage face caméra bouleversant de sincérité, Alysson expliquait ses difficultés, ses rêves de carrière, brisés.  Elle n’a même pas eu honte d’exposer la pauvreté qui l’avait rattrapée l’obligeant à choisir entre les factures d’électricité et la nourriture. Personne ne semble avoir compris la teneur de ce message. A 24 ans elle avait investi 25.000 euros et venait de tout perdre en trois mois. 

Ironie du sort, la veille du drame, Paul Magnette se fendait d’un tweet qui, simplisme socialiste oblige, propose de réduire la pauvreté des uns par le bain de sang fiscal pour les autres: « Le PS ne laissera personne au bord du chemin. Il faudra faire contribuer les ultra-riches, les gros pollueurs et les multinationales ». Le président du PS aime enfiler son petit foulard rouge de syndicaliste. Le souci, c’est qu’il le porte bien haut, en bandeau, au niveau des yeux. Et hashtaguer sa coreligionnaire Lalieux, Ministre en charge de la – lutte contre la – pauvreté ne fait qu’ajouter de l’indécence à l’insupportable.

On parle de ces ultra-riches qui pullulent au PS ou ailleurs?  Ceux qui n’ont pas créé la moindre richesse, préférant bâtir leur fortune personnelle en accaparant celle d’autrui grâce à une collection de mandats grassement rémunérés? Hashtag PUBLIFIN

Si la vie d’Alysson tenait à 25.000 malheureux euros, combien d’indépendants faut-il encore sacrifier pour financer les émoluments d’un Mathot, d’un Moreau ou d’un modeste Stéphane Renier, président de la Commission wallonne pour l’énergie (CWaPE) qui a pour vice-présidente Cristel Evrard (salaire brut annuel de 133,872,62€ en 2018)… belle-soeur du camarade Magnette

Le PS et sa rhétorique à la Robin des Bois, très prisée de ceux qui ont du mal à se mettre au travail et/ou à réfléchir.

Vous pensez trouver le salut dans le camp d’en face, au MR? C’est pas gagné. L’incompréhensible couplet “compassionnel” adressé à la famille d’Alysson par le libéral David Clarinval, ministre fédéral des PME et idéaliste auto-proclamé (c’est ainsi qu’il se décrit sur son site) n’aura pas permis de désépaissir le brouillard administratif qui entoure la complexité de l’octroi des aides aux indépendants. Tout le monde n’a pas le niveau de maîtrise du système d’un ministre… Une virtuosité qui aura valu à l’intéressé de faire l’objet d’une enquête depuis une quinzaine de jours pour un possible conflit d’intérêt entre ses fonctions de bourgmestre de Bièvre et sa société “Clarinval Constructions”. Montant des contrats qui posent question: 311.000 €. Il est fort probable que tout rentre rapidement dans l’ordre…

Alysson, elle, a offert sa vie et toutes ses économies à une société qui n’a pas été capable de comprendre son sacrifice. Une société qui s’enferme dans des votes irréfléchis et qui entretient ainsi un système politique inepte flanqué d’une bureaucratie malfaisante qui la conduit à sa perte. 

L’extrême pauvreté guette les “non-essentiels”. Mais ils pourraient bien entraîner dans leur chute tous ceux qui s’imaginent essentiels.

Tatiana Hachimi