La France préfère oublier ses morts car elle voue un culte à la mort

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Comme le disait très justement l’immense historien Arnold Toynbee (1889-1975), les civilisations ne meurent pas, elles se suicident. Il semble que la République Française soit maintenant sur la pente savonneuse qui la mènera aux abîmes, mais elle s’en fout. A l’image de l’homo festivus cher à Philippe Murray, elle continue à faire la fête bille en tête. Et ce n’est pas le Covid-19 qui va l’en empêcher.

Orange Mécanique

Qu’on l’aime ou non, la réalité fait mal. Il est toujours difficile et mal aisé de la regarder en face, droit dans les yeux. Pourtant, elle nous saute au visage : la France sombre dans un état d’ensauvagement dont la réponse léthargique, voire l’absence de réponse, de la part de l’Exécutif fait froid dans le dos. Et ne comptez pas sur les médias subventionnés pour donner le change et éveiller le lecteur à la dure réalité des faits atroces. Tout semble tenu sous cloche. Comme l’a souligné à raison Laurent Obertone, auteur de La France Orange Mécanique, il vaut mieux lire la presse régionale, voire locale, pour obtenir un compte-rendu plus objectif de la situation de violence qui ronge le pays.

Que ce soit à Bayonne avec le meurtre de Philippe Monguillot où les assassins présumés se sont acharnés à coups de pied sur la tête du pauvre chauffeur de bus jusqu’à ce que mort s’en suive ; ou encore le meurtre de la gendarme Mélanie Lemée par un trafiquant de drogues essayant de s’enfuir à plus de 130 km/h sur son scooter lui arrachant une jambe et la vie au passage ; sans oublier le meurtre abominable de l’aide-soignante Axelle Dorier, fauchée et traînée sur 800 mètres par une voiture pilotée par deux échantillons ratés de la diversité tant vantée, on ne peut que rester pantois devant l’asymétrie morale dans le traitement médiatique de l’information.

Souchiens ou sous-chiens ?

En effet, il est de bon ton dans les grands médias de ne pas citer les noms des auteurs des faits, surtout quand ils proviennent de la diversité. Les journalistes salivent à l’idée de tomber sur le blanc de souche cisgenre hétéro commettant l’irréparable afin de se lancer dans de longues diatribes contre ce qui nous rappelle les heures les plus sombres de l’histoire avec le bruit des bottes (et tout le reste). Mais ils demeurent déçus et compréhensifs quand ce sont des stars de la diversité et autre chances pour la France qui démontent des « souchiens » (dira-t-on bientôt « sous-chiens » ?).

Dans leur logique rousseauiste nimbée de racisme paternaliste façon Jules Ferry, le Noir ou le Maghrébin devient ce bon sauvage, un si gentil garçon (dixit le voisinage) qui n’est pas responsable de ses actes. C’est la société et ses injustices sociales qu’il faut dénoncer. Dès lors, pour ne pas faire le jeu de l’extrême-droite, il est de coutume de ne pas citer les noms, au point que c’est devenu une évidence pour le lecteur quant aux origines des auteurs des faits. Les journalistes complices en sont conscients, mais c’est le modus operandi de nos jours. La “rédaction-kommandantur” y veille.

Les actes barbares deviennent des incivilités

Il en va de même pour la réponse hallucinante du gouvernement Macron qui, après que son Ministre de l’intérieur se soit déclaré prêt à mettre un genou à terre parce que Black Lives Matter (quand il n’est pas aux ordres du gang de truands, criminels et violeurs Traoré justement en perte de vitesse maintenant), voit le Président lui-même renommer ces homicides volontaires en incivilités dans un discours au ton aussi condescendant que narquois. Des actes de barbarie deviennent des crachats ou des chewing gums jetés à même le sol. Le corps démembré d’Axelle baignant dans une flaque de sang deviendra-t-il une œuvre-d’art de la diversité si l’on interroge Jack Lang ? Au fait, elles sont où les féministes pour dénoncer les féminicides là ? Convergence des luttes et intersectionnalité sont remisées au placard parce qu’il ne faut certainement pas contrarier le dogme diversitaire et vivre-ensembliste. C’est entendu.

On note qu’il a fallu quand même 5 jours au maire écolo de Lyon, Grégory Doucet, sans doute trop occupé à pourrir la vie des automobilistes, pour adresser, sans condamnation aucune, un message de condoléances mou à la famille d’Axelle Dorier via le réseau social Twitter. Silence gêné, clientélisme communautaire oblige.

Bercoff dans tous ses états

Mais il y a aussi des journalistes courageux et frappés du coin du bon sens comme André Bercoff pour réagir sur Twitter le 20 juillet dernier : « Si la mort de #Axelle ne suscite pas au moins autant de réactions que celle de #adamatraoré, c’est que la #France est devenue, dans les faits, un terrain vague. Une maison de passe .Un open bar. Un permis de tuer. Un stand de tir. Une feuille morte scotchée à la poubelle Justice. »

Bercoff, dans tous ses états, met le doigt là où ça fait mal et il fait mouche. La France est dans ce que Sigmund Freud nommait todestrieb, c.à.d. une dérive mortifère. J’ai beau ne pas être freudien tant le célèbre docteur autrichien a dit des bêtises mais, telle l’horloge arrêtée donnant l’heure correctement deux fois par jour, il avait parfaitement analysé et nommé ce mal : des pulsions suicidaires largement diffusées dans l’inconscient collectif. Ici, le terme suicidaire n’est peut-être pas le plus approprié car il s’agit plutôt d’une apathie collective, d’une dépression morale généralisée, d’un “cancer” mental lent et insidieux, qui petit à petit nous plonge dans les ténèbres jusqu’à l’extinction définitive de la société.

Car ces meurtriers, truands et autres violeurs ne veulent plus faire société. Ils ne l’ont jamais voulu en fait. Ils sont dans une logique d’invasion et de conquête par la violence et la barbarie. Et nous nous offrons en pâture tels les premiers Chrétiens se jetant aux lions affamés dans l’arène. Quand allons-nous stopper cette course folle à la sainteté diversitaire?

Saturne dévorant un de ses fils (F. de Goya)

Saturne dévorant ses propres enfants

La France, enfin la République Française, veut mourir. Son président, avide de la voir exsangue, aculturée, ruinée et vidée de sa souveraineté, afin de mieux l’abandonner aux mains de l’élite non élue de la nouvelle « supranation » européenne (l’Union Européenne). Et pour cela, l’Exécutif actuel préfère ignorer ses enfants assassinés, démontrant ainsi qu’il voue un culte sacrificiel à la mort. C’est Saturne dévorant ses propres enfants. Le pays est à un tel niveau de délitement et d’ensauvagement que, sans sursaut radical de la majorité silencieuse, on peut craindre le basculement dans la guerre civile ou à tout le moins de graves émeutes et affrontements.  

Face à l’ultra-violence, il faut une réponse ferme et des mesures strictes à la hauteur des coups assénés aux malheureuses victimes. Nos rodomontades de bisounours et nos marches blanches ne sont que l’expression pudique de notre volonté de distribuer des permis de tuer en continu. On n’arrête pas une armée de conquérants avec des doigts en cœur et de bougies.

Jules Alove