Ce dimanche 27 septembre, la ceinture verte de Bruxelles a viré au jaune à Grimbergen où plus de 5000 véhicules ont convergé de toute la Flandre pour marquer l’opposition flamande à la formation d’un gouvernement Vivaldi, « éco-solidaire » et largement minoritaire en Flandre. 

Ils avaient décoré leur voiture, leur moto ou leur mobilhome aux couleurs de la Flandre et hissé haut le drapeau jaune orné d’un lion noir, dressé et toutes griffes dehors. Venus de toute la Flandre et d’horizons politiques qui dépassent celui du Belang pour se rassembler sur le parking C du Heysel, ils ont voulu montrer leur rejet de ce gouvernement qui tente péniblement, au rythme de l’escargot, de consacrer l’union entre la carpe et le lapin dans une saynète qui rassemble surtout des bêtes de politique douées de formidables capacités de reptation. Plus de dix mille personnes rassemblées – dans le plus grand respect des mesures sanitaires – dans un immense drive-in par un dimanche matin, cela donne une petite idée de la détermination des participants. En s’éparpillant le long du Ring sur le chemin du retour, c’est un véritable cordon jaune qui s’est étiré tout autour de Bruxelles, siège de tous les compromis “à la Belge”.

Si l’initiative émanait du Vlaams Belang, les participants à ce premier tour de chauffe destiné à galvaniser l’opposition flamande venaient aussi des rangs de la N-VA ou même de l’Open VLD. Ces derniers entendaient-ils envoyer un ultime message à leur hiérarchie avant de commettre l’irréparable? De toute façon, il faut bien une certaine perméabilité entre ces partis pour expliquer la remontée spectaculaire du Belang dans les sondages. Depuis 2014, les Flamands subissent une succession de premiers ministres francophones. Plus ils votent massivement à droite, plus leur volonté est niée. A cet égard, l’épisode « Marrakech » a laissé des traces indélébiles et surtout entériné le basculement à gauche de la famille libérale. Aujourd’hui, il est fort probable que le poste de Premier tombe dans l’escarcelle des libéraux flamands. Un cadeau empoisonné puisqu’il consacre leur rôle de traître, aux côtés des chrétiens flamands. Ce n’est pas pas cela qui ramènera l’électeur du Nord dans le giron des vieux partis.

Et comme si cela ne suffisait pas, toutes les planètes semblent s’aligner pour attiser l’opposition entre la Flandre et le sud du pays. La formation du gouvernement constitue certes l’élément le plus visible et celui qui cristallise les frustrations d’une Flandre dont la volonté électorale est honteusement et dangereusement niée. Mais ce n’est pas le seul. A vrai dire, la perspective d’une coalition Vivaldi délivre déjà un avant-goût de malgouvernance. Le programme n’est encore clairement défini. Et pourtant, on perçoit où cela va finir: dans le fossé des dépenses. Pire, à ce stade non seulement on devine que l’argent « gratuit » sera massivement dépensé, mais surtout qu’il sera mal dépensé parce qu’il sera investi dans des politiques suicidaires: abandon du nucléaire, multiplication des mesures dites « sociales » dont on voudrait gommer l’aspect aliénant, mesurettes sécuritaires et amplification des flux migratoires.

Le plébiscite d’un parti de centre-droit, le Vlaams Belang

Côté francophone, l’électorat est las et résigné. Depuis le temps qu’il plébiscite et subit ses générations d’élus obnubilés par la distribution des mandats rémunérés pour le plus grand bénéfice de l’aristocratie des parvenus, il ne sait plus ce que signifie la bonne gouvernance. La Communauté Wallonie – Bruxelles, c’est un peu comme le Liban et la Bande de Gaza. 

A l’inverse, la Flandre n’a pas oublié que gouverner, c’est prévoir. Le Flamand, lorsqu’il se rend aux urnes n’offre pas son blanc seing assorti d’un fataliste Inch Allah. Quand il vote, il ne donne pas sa voix. Il la prête, le temps d’un mandat. C’est d’ailleurs ce que montrent les sondages successifs. En Flandre, on ne cherche pas la facilité. On recherche la cohérence même si c’est plus exigeant. Le Flamand attend des actes. Il ne se contente pas des discours et il ne reste fidèle qu’à ses objectifs. C’est pour cela que plus le paysage politique s’enferre dans une posture « éco-solidaire », plus les votes basculent massivement vers ce qui il y a peu incarnait l’extrême-droite et qui aujourd’hui objectivement relève du centre-droit. Oui, le Vlaams Belang est ce que l’on aurait jadis appelé un parti de centre-droit. Son discours sur l’immigration n’a rien à envier à celui d’un socialiste comme Charles Piqué dans années 1980 ou mieux, d’un Philippe Moureaux qui s’exprimait encore ainsi jusqu’au début des années 1990: « les clandestins sont en train de détruire complètement notre modèle social. (…) Le CPAS de Molenbeek ne peut pas être le CPAS du quart de la Roumanie, du tiers du Pakistan » (Le Vif L’Express, 17 septembre 1993) ou encore « je le dis clairement et durement : nous sommes totalement incapables d’intégrer une nouvelle vague d’immigration. On va arriver à des situations conflictuelles ».  Par ailleurs, sur le volet socio-économique, le Vlaams Belang se révèle nettement plus social que l’Open VLD.

En offrant, d’après les derniers sondages, une majorité absolue aux élus de la N-VA et du VB, les Flamands optent somme toute pour un projet de droite tout ce qu’il y a de plus traditionnel. Pour compléter cette grille de lecture “classique”, c’est à dire non polluée par le climat de “progressisme” ambiant, il faut ajouter deux paramètres: l’identité et l’écologie. Depuis le début des réformes institutionnelles qui ont remodelé la Belgique sur ces cinquante dernières années, la Flandre est parvenue à bâtir ce qui ressemble fort à une nation avec une unité de territoire et de culture, le tout administré par un gouvernement totalement opérationnel qui n’aspire qu’à gouverner seul, hors de la tutelle du fédéral. Bruxelles est une pièce qui manque géographiquement au puzzle. Néanmoins, son absence ne met pas en péril le projet nationaliste flamand. Au contraire, elle le galvanise idéologiquement.

Carton jaune contre le mur vert des illusions éco-solidaires

En effet, Bruxelles, en tant que région autonome est une hérésie doublée d’une garantie de dysfonctionnements dont on mesure aujourd’hui les limites. Dans une optique « belgicaine », Bruxelles avait sa place en tant que capitale. Mais dans une perspective d’effacement de la Belgique, de Bruxelles, il ne reste plus que les problèmes. En réalité, la bonne gouvernance aurait commandé de régler le sort de Bruxelles, le sujet qui fâche, avant de mettre le pied dans des réformes aussi substantielles. On a cru longtemps pouvoir contourner le problème. On peut faire encore un peu semblant, mais le jour où ça reviendra sur le tapis, ce sera douloureux. Bruxelles est une région faillie dont le sort ne tient plus qu’à l’abondance artificielle d’argent magique. Dans ce hell hole, le ministre-président (ailleurs, on appellerait ça un maire et ça coûterait beaucoup moins cher) se gaussait il y a peu de la recrudescence des cas de coronavirus à Anvers. Avec pitié, on aurait voulu le supplier de se taire.  Ne voyait-il donc pas que son djihadistan avait tout pour faire bien pire qu’ailleurs avec une population de plus en plus acquise au platisme radical et une classe politique otage de ces mêmes platistes? Évidemment, le réel n’a pas manqué de revenir comme un boomerang. Aujourd’hui Bruxelles caracole en tête des mauvais chiffres des contaminations. Il y a tellement peu de mystère sur les causes que des virologues en arrivent à proposer d’intégrer des imams dans le dispositif communicationnel. A Saint-Josse, épicentre de la diversité et aujourd’hui de la circulation du virus, le bourgmestre Emir Kir a décidé de confiner sa commune. Bienvenue au Covidistan! La tentation est grande de rejeter la faute sur la promiscuité. Mais l’Asie a tout à nous apprendre sur la question!

Et comme si Bruxelles n’était pas encore assez mal en point, voilà que sous l’égide des écologistes, elle enfourche son vélo pour mieux se prendre le mur de face. Le projet d’une flotte de voitures électriques (payées par le contribuable) dans un pays qui ferme ses centrales nucléaires (toujours au frais du contribuable) donne une petite idée du désastre qui s’annonce. Face à cette promesse d’échecs à tous les étages, on comprend mieux pourquoi plus de 10.000 Flamands vêtus de jaune ont fait le déplacement pour donner un premier signal -fort- à un gouvernement teinté de vert et orienté déclin.

En attendant, est-ce un effet de la manifestation, du côté de la Vivaldi, on semble avoir toujours beaucoup de mal à accorder les violons…

Tatiana Hachimi