HORECA: Les chefs passent à l’action pour sauver leur secteur du Covid19

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La plus belle place du monde, la Grand Place de Bruxelles, a été investie par des centaines de tabliers de cuisine en signe de protestation face à l’inaction des autorités alors qu’ils traversent une phase une phase plus que critique. 

A  l’initiative de cette action hautement symbolique, Antoine Pinto patron du Belga Queen, rejoint par une quarantaine de chefs issus de Bruxelles et des deux Brabant aux commandes d’adresses  au profil aussi varié que la brasserie Toucan, Cook and Book, Prego, le Petit Pont, Le Villance, le groupe Restauration Nouvelle, le Châlet de la Forest, La Soeur du Patron, Bruno, La Paix, Chou de Bruxelles, La Manufacture, la Soeur du Patron, la Patinoire, et même Tissens, ancienne institution de Hoeilaart.

En Belgique comme ailleurs, mais plus singulièrement encore à Bruxelles, l’Horeca est un secteur en grande souffrance. Impactée par les attentats du 22 mars 2016, la filière a aussi fait les frais d’une mobilité nécrosée par la piétonnisation à marche forcée de l’hypercentre de la capitale et la fermeture temporaire de nombreux tunnels qui menaçaient de s’effondrer. 

Début 2020, les restaurateurs bruxellois qui avaient survécu à ces différentes crises commençaient tout juste à sortir de l’ornière et à renouer avec la rentabilité jusqu’à ce que le 17 mars le couperet tombe, plus tranchant que jamais, sous la forme du confinement. Après deux mois d’inactivité, ils sont désormais totalement exsangues. Astreints à des coûts fixes qu’ils ne peuvent reporter, leur sort repose aujourd’hui entièrement entre les mains de leurs créanciers qu’ils s’agissent de leurs fournisseurs, de leur propriétaire ou de l’Etat. Les laisseront-ils vivre ou les achèveront-ils?

L’Horeca est un des plus grands pourvoyeurs d’emplois, et certainement pour le segment critique de la main d’oeuvre peu qualifiée, un public particulièrement vulnérable et exposé en cas de crise. Si les faillites venaient à se multiplier dans le secteur de la restauration, des milliers d’emplois non qualifiés seraient instantanément détruits dans une région qui est déjà le plus mauvais élève de la classe.

Pour éviter ce naufrage annoncé d’un secteur qui ne manquerait pas de se muer en véritable crise sociale, les restaurateurs ont besoin que des décisions essentielles à leur survie soit adoptées immédiatement. Dans leur livre blanc qu’ils ont étalé sur le pavé de la Grand Place en rendant symboliquement leur tablier, ils demandent un abaissement de TVA à 6%, une prolongation du chômage économique pour force majeure ainsi qu’une une exonération des charges jusque fin 2020, ainsi qu’une déductibilité fiscale des notes de frais de restauration à 100%.

Par ailleurs, afin de bénéficier de la couverture de leurs organismes assureurs qui rechignent à les dédommager, ils  attendent que l’état de catastrophe naturelle sanitaire soit décrété pour leur secteur. Cependant, vu la porosité entre les Etats et le secteur de la bancassurance, on voit mal les autorités adopter des mesures qui mettraient ce secteur en difficulté et les obligeraient in fine à secourir l’une ou l’autre institution financière en cas de défaut. 

L’heure des choix a sonné pour la classe politique. Le monde d’avant, celui où l’argent du contribuable pouvait être dilapidé sans compter pour permettre à chaque parti de satisfaire son électorat de niche afin de l’appâter d’élection en élection semble révolu. Sachant qu’il ne sera pas possible de sauver tout le monde en même temps, il faut de toute urgence désigner ceux qui bénéficieront du soutien des autorités. 

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Il est évident que pour la survie même de cette génération d’élus, voire pour celle de leur parti, il faudra secourir, et vite, les restaurateurs. Trop de postes sont en jeux. Des mécanismes ont été certes mis en place, mais ils sont largement insuffisants, quand ils ne sont pas franchement injustes. Ainsi, dans ce choix qui a été fait d’aider prioritairement les petites structures, celles qui emploient « trop » de personnel comme le groupe Restauration Nouvelle, ou le Belga Queen n’ont accès qu’à une aide réduite. « C’est absurde , on nous incite à engager un maximum de personnel. On paie des charges patronales énormes qui font vivre autant de gens, et puis quand arrive un coup dur, on nous dit que nous avons trop de personnel pour être éligibles à certaines aides! Même les communistes n’auraient jamais osé faire ça! » », s’insurge Antoine Pinto avant d’ajouter: «Ce qui m’aide concrètement aujourd’hui à tenir, c’est mon bailleur qui a accepté de suspendre les loyers. Mon cas exceptionnel car nous avions bâti ce projet ensemble et de longue date. J’ai une chance  que beaucoup de restaurateurs n’ont pas. Mais cela ne suffira pas à sauver le Belga Queen. Il faut que le secteur public que nous avons largement financé depuis de nombreuses années nous renvoie l’ascenseur aujourd’hui. » 

Dans une initiative qui mime toutes les formes d’un geste louable, voire charitable, DéFI a laissé entendre – pour qui sait lire entre les lignes- qu’il préférait se défausser en allant puiser dans la poche de l’épargnant. Pour y parvenir, il suffirait d’étendre le mécanisme du Tax Shelter « Le principe c’est de mobiliser l’épargne privée » précise sont président. Ah, ce magot de plus de 250 millards qui « dort » sur les comptes des épargnants fait décidément l’objet de toutes les convoitises parmi les représentants de la social démocratie. DéFi a juste été le premier à le formuler en proposant la carotte. On peut raisonnablement imaginer que le bâton pourrait suivre pour contraindre l’épargnant à mettre la main à la poche. 

Pourtant, il y fort à parier que le contribuable serait ravi de voir ses impôts usités pour une fois à bon escient. Après tout, si l’ère post-Covid laisse imaginer beaucoup de dépenses, pourquoi ne pas en profiter justement pour réaliser parallèlement de nombreuses économies en faisant le tri entre ce qui est indispensable -et à qui-et ce qui ne l’est pas? La population préfère-t-elle que son argent soit utilisé pour sauver ses restaurants ou pour continuer, par exemple, à financer une myriade d’associations chargées de sous-traiter les permanences politiques des élus? Dans un contexte aussi déprimé économiquement et socialement, cette préférence pourrait cacher une réelle exigence. Si les restaurateurs ont des attentes vis-à vis du monde politique, la population aussi.

Tatiana Hachimi