Par Drieu Godefridi, PhD

On ne compte plus les mâles déclarations du bourgmestre d’Anvers sur les Wallons, de franstaligen, l’ingouvernabilité de la Belgique, les libéraux qui devront « se mettre à genoux et ouvrir la bouche » (sic) et autres joyeusetés.

Le message est toujours le même : I’m the boss ! Le patron, c’est moi ! Le visionnaire, c’est moi ! L’avenir de la Flandre passe par moi ! Moi, moi, MOI ! D’ailleurs, explique-t-il dans ses interviews, je sais depuis tout petit que « j’ai une mission » ! Jésus ne parlait pas autrement.

La réalité de Bart est moins christique. Trois illustrations.

En 2019, le « boss » décidait mâlement de quitter le gouvernement fédéral en raison de son désaccord sur la signature du pacte de Marrakech. Cela tandis que la N-VA était — à l’époque, de loin — le premier parti du gouvernement et que la raison lui commandait de rester en place, quitte à forcer une crise. Mais le chef visionnaire a préféré déserter, ce qui nous a valu 18 mois d’une coalition ultraminoritaire qui a mené une politique de gauche et d’extrême gauche flirtant régulièrement avec le n’importe quoi (cfr. la saga désormais légendaire des « masques »).

Été 2020 : après un an de tergiversations, une coalition de partis — flamands et francophones — apporte au « boss » sur un plateau la coalition « Arizona », majoritaire à la Chambre sans les socialistes wallons. Comment le chef pourrait-il ne pas s’en réjouir, lui qui a fondé sa carrière sur le rejet dégoûté du socialisme wallon et le refus de gouverner avec les socialistes wallons ? Mais le boss a une nouvelle « vision » : c’est lui qui va aller repêcher les socialistes wallons pour gouverner avec eux ! Clausewitz, sors de ce corps !

Écartant d’une bouche méprisante les partis « Arizona », celui qui aime à se profiler comme le « Darth Vader » de la politique belge (sic) annonce qu’il gouvernera, outre les socialistes wallons, avec les libéraux ou l’extrême gauche écologiste, selon son bon vouloir.

Résultat : libéraux et écologistes refusent la Vision du Leader naturel et mettent en place l’un des gouvernements les plus à gauche depuis 1945. Alors même que les Flamands n’ont jamais voté autant à droite : vive le chef !

Les derniers sondages pointent la N-VA à 20%, soit le score du VLD ou le CD&V il n’y a pas dix ans. À 20%, on n’est patron de rien du tout, sinon de ses 20%.

Jésus De Wever restera dans l’histoire comme un bon bourgmestre d’Anvers.

Drieu Godefridi, PhD