On a tous quelque chose en nous d’Ennio Morricone. C’est tellement vrai que les hommages affluent de partout pour saluer la disparition du plus grand compositeur de musique pour le cinéma, celui qui a composé le son d’une époque, la nôtre. 

De Télérama au Figaro, des Inrocks à B-Mag, des cinéphiles aux passionnés de westerns, tout le monde souligne l’immense talent d’Ennio Morricone disparu à 91 ans alors qu’il poursuivait encore activement sa carrière en conduisant des orchestres ou en donnant l’une ou l’autre master class très prisée.

Marquée du sceau indélébile du western, sa musique s’étendait bien au-delà du genre où il a pourtant excellé grâce à la complicité qui le liait à son ancien camarade de classe, Sergio Leone. Ensemble, ils ont réussi à instiller une dose d’humour dans cet univers fait de principes, de révolvers et de testostérone, notamment grâce une bande-son ouverte à toutes les expérimentations. 

A l’image de Serge Prokoviev qui dans son conte musical « Pierre et le loup » dota chaque protagoniste d’un instrument, Ennio Morricone attribua au Bon, à la Brute et au Truand à qui la flûte, l’ocarina et la voix, pour travailler les effets « hurlements du coyote ». Il fallait oser… et pourtant, ce thème est devenu l’un des plus populaires de tous les temps. 

Refusant d’être réduit au rôle de fabricant de bande-son pour western spaghetti, rétrospectivement, il considère avoir atteint l’aboutissement de son oeuvre avec « Il était une fois l’Amérique », le dernier film de Sergio Leone. C’est malheureusement à cause de cela qu’il ne signa pas de musique pour Clint Eastwood qui n’avait pas manqué de le solliciter. On imagine et on regrette ce qu’ils auraient réalisé ensemble… Mais certainement pas autant qu’eux.

Quant à la plus grande récompense, celle qu’il a attendu longtemps, celle qui n’est venue qu’à 87 ans, l’oscar de la meilleure musique, c’est pour « Les Huit Salopards » qu’il l’a obtenue en 2016. Sans cette heureuse collaboration avec un Quentin Tarantino qui connaît parfaitement les classiques du cinéma et qui sait ce que son oeuvre leur doit, Hollywood, dans sa grande superficialité aurait pu rater son rendez-vous avec ce compositeur de génie. Entre vénération et second degré, Tarantino a permis de faire redécouvrir et de légitimer in extrémis le talent d’Ennio Morricone .

Auteur de plus de 400 bandes originales, sa musique existe par elle-même. Elle n’a pas besoin des images pour vivre. Ennio Morricone était un grand compositeur, tout simplement. Et comme tous les “grands”, il restera un repère, même dans “le monde d’après”.

Tatiana Hachimi