ELECTIONS EUROPEENNES: voter « La Ferme”?

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Le 9 juin, voter "La Ferme"? Image par WikiImages de Pixabay

Bruxelles, 4 juin 2024. A cinq jours des élections européennes, les agriculteurs venus en tracteur de France, des Pays-Bas, d’Italie ou de Pologne sont de retour dans les rues de la capitale. Ils jouent leur survie. Les Européens aussi. Mais ils ne le savent pas. Pourtant, il n’est pas bien difficile de comprendre que sans souveraineté alimentaire, l’avenir de notre continent est plus qu’incertain. Aujourd’hui, les élites bruxelloises qui ont contribué à déclassement de l’agriculture européenne comme elles ont créé notre dépendance énergétiques jouent leur dernière carte, celle de la diversion, en qualifiant d’extrême droite le combat en faveur du maintien de notre agriculture traditionnelle.

L’Humanité, une succession de famines

L’histoire de l’Humanité est ponctuée de famines parfaitement répertoriées. Et que dire de toutes celles qui ont probablement décimé nos ancêtres au cours de la préhistoire ? Lucy, australopithèque afarensis est peut-être morte d’un accident. Mais son espèce a disparu très certainement des suites de famines liées à la concurrence avec d’autres hominines. Pas de quoi émouvoir un électeur européen type qui se fera livrer sa pizza par Uber Eats après être revenu du bureau de vote. Et pourtant, physiologiquement, le corps humain ne peut pas tenir au-delà de 30 jours de privation alimentaire.

Sans aller jusqu’à cette extrémité, nous avons tous conscience de l’importance de la qualité de notre alimentation. Nous sommes aussi sensibles au plaisir que peut apporter l’alimentation. Nous avons tous des madeleines de Proust enfouies dans nos souvenirs et nous prenons un plaisir immense à les raviver de temps à autre en dégustant ces produits. Mais lorsque les ingrédients avec lesquels ils sont préparés disparaissent, il ne nous reste plus que les souvenirs et la tristesse d’une époque révolue.

La disparition des petites exploitations

Or, c’est un peu ce qui se produit à chaque fois qu’une ferme disparaît. C’est une variété de farine, une crème, une race de vache, un fromage, une fraise ou une tomate avec une saveur particulière qui disparaît. C’est aussi une famille qui rompt avec une tradition et se voit dépossédée d’un avenir pour ses enfants. Or des exploitations agricoles, l’UE en a perdu 5 millions en vingt ans. Cela équivaut à la disparition de 800 fermes, chaque jour comme l’explique le Mathias Corvinus Collegium, un think thank basé à Bruxelles qui était aux côtés des agriculteurs ce 4 juin. Cette hécatombe touche les petites exploitations familiales, celles qui s’avèrent les moins polluantes et les plus pourvoyeuses d’emploi. Ce véritable anéantissement d’une classe conduit à la consolidation et à la concentration des exploitations. C’est un modèle qui vacille. La ferme des 1000 vaches, ce n’est pas dix fois une ferme de cent vaches. C’est la négation du travail de fermier. C’est la disparition de son lien avec la terre. C’est une lubie de technocrate. Et en Europe, elle a moins d’avenir que partout ailleurs car c’est un modèle qui mobilise des ressources en énergie et en intelligence artificielle alors que notre continent est un nain sur ces deux plans.

Sacrifier notre modèle traditionnel d’agriculture au profit d’un autre qui ne pourra jamais être concurrentiel n’a aucun sens. Cela nous condamne à importer nos denrées plutôt que de les produire et à perdre notre souveraineté alimentaire. Les choix imbéciles en matière d’énergie à l’échelle européenne ont terriblement appauvri la population européenne. Ces décisions ont été prises sous l’influence dogmatique de l’écologie punitive. Nous avons sacrifié le nucléaire, une source d’énergie locale, fiable et amortie pour construire non pas des châteaux en Espagne mais des éoliennes en mer qui ne couvriront jamais nos besoins.

Green Dogme

Les agriculteurs ont été les premiers à subir les conséquences de ce renchérissement des prix de l’énergie. Aujourd’hui, ils doivent aussi faire face aux inepties du Green Deal, aux mantras du Net Zero et aux incohérences de la PAC (politique agricole commune). L’UE promet de faire disparaître de son sol cette classe de travailleurs qui nourrit l’humanité depuis le néolithique. Ils ne représentent plus aujourd’hui que quelques pourcents de la population. Malgré l’apparente solidité qui se dégage de la terre, de la dimension des engins agricoles et des combinaisons de travail pleines de boue, les fermiers sont fragiles et sur le point de disparaître. Après nous avoir privés d’énergie abondante et bon marché, l’UE est sur le point de nous déposséder d’aliments locaux de qualité et abordables.

Soumis par la faute de nos élus à des normes environnementales aussi dogmatiques qu’ inutiles, les agriculteurs voient leurs coûts exploser et leur marge s’effondrer sous le seuil de rentabilité. Pour surmonter cette équation impossible, de plus en plus souvent, les épouses d’agriculteurs se tournent vers un emploi en dehors de l’exploitation, parfois même dans la fonction publique pour subvenir au besoins du ménage. Les suicides sont légions et rares sont les enfants qui reprennent l’exploitation familiale. Et comme si cette pression ne suffisait pas, l’UE s’évertue à les enferrer dans son régime obsessionnel de libre-échange qui tend à privilégier les grands industriels de l’agro-alimentaire au détriment des petits exploitants. Sans compter que ces accords internationaux montrent à quel point les objectifs écologiques n’en sont pas puisque les produits importés peuvent contrevenir aux normes les plus élémentaires qui par contre s’imposent avec une sévérité sans faille, pour ne pas dire mortelle, à nos agriculteurs.

L’écologie punitive n’est pas une fatalité

Imaginer que le malheur des agriculteurs n’est pas l’affaire de tous est une erreur. Quand la ferme se meurt, c’est la qualité de nos aliments et de leurs filières qui nous échappe. Les poulets d’Ukraine qui envahissent le marché n’ont rien à voir avec notre Coucou de Malines. Les fruits et les légumes du Maroc ou de Turquie ne sont pas soumis aux mêmes restrictions phytosanitaires que ceux produits en Europe. Il en va de même des ovins, du lait ou du miel de Nouvelle-Zélande qui sont légalement autorisés à concurrencer de manière déloyale nos produits.

Outre la dégringolade de la qualité de notre alimentation, la disparition des petites exploitations signe aussi la mort de la ruralité dans nos campagnes avec toutes les conséquences sur le paysage, l’habitat et un certain art de vivre.

Si ce 9 juin vous entendez punir l’écologie punitive qui étrangle les agriculteurs, souvenez-vous que celle-ci déborde bien au-delà du cadre des partis écologistes. Ursula von der Leyen, fer de lance du Green Deal, cette croisade contre la ruralité qui lui répugne et qu’elle ambitionne de remplacer par une agro-industrie pilotée par des techniciens agricoles en lieu et place des fermiers est le membre le plus éminent du parti conservateur européen.

Ce 9 juin, si vous voulez voter « la ferme », tournez sept fois votre crayon dans la main avant de noircir la bonne case et surtout, prenez le temps d’examiner le bilan – pas carbone – des élus que vous enverrez à Bruxelles.

T.H.