Ecologismes et nazisme: une main verte dans un terreau fertile

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Verts Hitler

Il est des similarités qui sont parfois fortuites et d’autres qui sont particulièrement troublantes, voire confondantes. Penchons-nous un peu sur le cas des verts contemporains et celui des nazis.

Au plan cosmologique, l’écologisme ou écologie politique (à ne pas confondre avec l’écologie au sens strict, qui est la science ou l’ensemble des sciences visant à étudier, analyser et comprendre les phénomènes environnementaux et climatologiques, d’origine anthropique ou non, en vue d’assurer la protection et la pérennité de l’environnement, c.-à-d. la faune, la flore et l’être humain), entend promouvoir un ordre divinisant la Terre, reprise comme entité vivante sous le nom de Gaïa ou encore de Mère Nature. Tandis que la figure du dieu paternel et viril (dans le christianisme catholique ou le paganisme gréco-romain) est dévaluée, voire écartée, la Terre devient une divinité féminine que l’homme industrieux ne doit pas fâcher — sous peine de subir son courroux à travers la dissipation des ressources alimentaires ou énergétiques, les catastrophes industrielles de toutes sortes, ou plus récemment, le réchauffement du climat en raison du CO2 anthropique.

Dérive du péché originel selon lequel Adam et Ève auraient offensé Dieu, l’Homme devient ici un pécheur potentiel dans son être et tout acte qui pourrait être considéré comme préjudiciable à la Nature aux yeux de ses pairs. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, on observe cette même conception de subordination de l’Homme à la Nature au sein de différents mouvements proto-nazis, naturalistes et racistes, tel l’armanisme (une forme d’aryanisme) sous l’égide de Guido von List, le mouvement pangermaniste anticatholique sous l’impulsion de Georg Ritter von Schönerer (« Los von Rom »), très prégnant dans le monde germanophone, ainsi que la théozoologie de Jörg Lanz von Liebenfels. Il est à noter que List, Schönerer et Lanz furent une source d’inspiration particulière pour Adolf Hitler.

Cette conception animiste de la Terre (divinisée en une Mère bienveillante mais susceptible de colère envers ses enfants industrieux qui la violent) est reprise dans la propagande politique écologiste contemporaine lorsque cette dernière décrète un lien de causalité entre catastrophes naturelles et pollution industrielle ou automobile, par exemple. L’écologisme et le nazisme embrassent communément une gynécocratie spirituelle.

C’était mieux à vent

La fascination pour l’ésotérisme factice et dévoyé du New Age, les démarches pseudo-scientifiques en économie ou sociologie, et la régression technologique et démographique, sont des traits caractéristiques des sociétés post-industrielles, où la complexité et la sophistication des appareils, des moyens de transport, des outils techniques et médicaux sont telles, que les gens passent leur vie à utiliser des objets et des procédures dont ils ne comprennent pas le fonctionnement. Cela devient d’ailleurs une source de peur et de méfiance insupportable pour certains. Au XVIIIe siècle, presque tout se faisait à la main, et la plupart des individus avaient encore de l’environnement une image hostile, de quelque chose qu’il fallait dompter et dont il fallait surtout se défendre.

Seuls quelques proto-bobos des grandes villes pouvaient rêver d’un retour à une nature idyllique, qui n’avait en fait jamais existé, sur le modèle de Rousseau, simplement parce que ces gens-là étaient rarement en contact avec une nature hostile ou encore avec la précarité sociale. Au fur et à mesure que, grâce au capitalisme et à l’industrialisation, de plus en plus de gens ont commencé à vivre au niveau des aristocrates de l’Ancien régime, la complexité et la sophistication de la vie urbaine sont progressivement devenues des sources de malaise. Et à chaque dérèglement, à chaque panne, on se met à rêver d’un temps ancien « plus simple », qui pourtant était beaucoup plus pénible.

Tous ces mouvements, comme le communisme par ailleurs, apparaissent dans le sillage de la Révolution industrielle, et sont portés par des personnages notoirement hors-sol, qui n’ont jamais eu de préoccupations d’ordre matériel. Au fond, leur logique, qui se voit encore dans tout mouvement d’écologie politique, est assez simple et peut se résumer comme suit : « Puisqu’il y a beaucoup de problèmes dans le monde moderne, retournons au passé, détruisons la science, la technologie, le système bancaire, le commerce. Retournons à la vie primitive, ne cherchons pas à comprendre et démystifier nos passions, encore moins le monde actuel qui nous laisse si décontenancés ». C’est une forme d’anti-développement, de régression sous le vernis craquelé du progressisme.

Occultisme

L’exode vers les villes, la concentration urbaine et les développements industriels et technologiques furent en effet des facteurs déterminants dans l’émergence de l’occultisme et du naturalisme proto-nazis au XIXe siècle, le tout nimbé de gnosticisme, millénarisme et orientalisme exprimés de manière confuse. Avec le boom technologique et l’accentuation du phénomène urbain, on a la même réaction au sein des écolos. En fait, c’est une forme de néoromantisme, inspiré par le mouvement Sturm und Drang pour les nazis et par le concept rousseauiste du bon sauvage pour les écolos.

Les deux partis, principalement issus des classes urbaines, rêvent d’un retour à une économie agraire fantasmée et tentent de recréer ce passé idéalisé sans se soucier des conséquences catastrophiques, animés d’un sentiment de révolte et d’injustice profondément anticapitaliste, rejetant et méprisant l’ordre marchand moderne (entrepreneurial, financiarisé, numérisé, et mondialisé) et son corollaire, l’économie prométhéenne (fondée sur la domestication de la nature au travers des industries du charbon et du nucléaire).

Il n’est pas étonnant qu’une telle dérive s’aventure dans les eaux troubles de l’antisémitisme à terme, ici expression d’un sentiment d’infériorité et de ressentiment face à la brillance entrepreneuriale et technoscientifique cultivée dans le monde juif, les verts contemporains se cachant derrière le voile pudique et l’argument fallacieux de l’antisionisme même lorsque l’État d’Israël (société militarisée mais aussi nation start-up pionnière de la technoscience) n’est aucunement impliqué dans le sujet incriminé.

Homme Animal

Au plan de la législation environnementale, l’Allemagne nazie a promulgué d’importantes lois relatives aux droits des animaux et à la protection de la nature, en fait les premières dans l’histoire, avec notamment la loi sur l’abattage des animaux du 21 avril 1933, la loi fondamentale de protection des animaux du 24 novembre 1933 (avec les décrets d’application qui suivent, notamment le cinquième, daté du 11 août 1938 sur la protection des animaux qui concerne le statut de la Société fédérale pour la protection des animaux), la loi entravant la chasse datée du 19 juillet 1934 (Reichsjagdgesetz) et sur la protection de la nature du 1er juillet 1935 (Reichsnaturschutzgesetz). (cf. article de Luc Ferry dans Le Point paru le 6 avril 2001).

La protection de l’animal serait cohérente avec l’inspiration « völkisch et romantique » de l’idéologie nationale-socialiste. Elle est également cohérente avec la démarche des verts contemporains dont certains membres radicaux vont jusqu’à prôner l’antispécisme, c.-à-d. la reconnaissance des animaux en tant que sujets de droit devant la Loi au même titre que les êtres humains. Ce nouveau tabula rasa impliquerait une refonte totale non seulement du droit in concreto, mais aussi de la philosophie du droit au sens large.

Au plan racialiste, même si les partis écologistes actuels ont embrassé la cause cosmopolite visant à abroger les souverainetés et frontières nationales, et prôner l’immigration sans entrave, il n’en est pas moins évident que leur promotion du métissage et de la mise au ban de la race blanche caucasienne est, dans les faits, une reconnaissance dans leur chef de l’existence des races au sein de l’espèce humaine.

D’ailleurs, leur politique actuelle centrée sur l’antiracisme n’est rien moins que l’expression d’un complexe de supériorité articulé autour d’une segmentation de l’espèce humaine en races. Là où les partis écologistes contemporains diffèrent du racisme et du suprématisme aryen des nazis, c’est dans leur volonté de pratiquer un tabula rasa et créer l’Homme nouveau, fruit suprême issu d’une seule et même race homogène à l’instar du bon sauvage de Jean-Jacques Rousseau vivant en harmonie avec la Nature.

Il convient pour cela que la civilisation dominante à ce jour, l’Occident, pratique un repli sur soi et s’oublie, ou plutôt se dissolve via le contrôle des naissances (qui sont déjà en berne de toute façon) et de la démographie, l’immigration sans limite et le métissage visant à « adoucir  » son teint trop pâle, son tempérament dominant et ses instincts belliqueux. À l’instar des nazis et de leurs lois raciales et eugéniques, ce processus demeure totalitaire, néo-malthusien et collectiviste à terme.

Economie au vert

Au niveau de la structure de l’emploi, les nazis, ouvertement inégalitaires et esclavagistes, avaient pour but ultime la subordination des peuples non-aryens relégués à la fonction productive. L’étranger devient l’ouvrier potentiel. Le pouvoir militaire et la fonction guerrière sont donc assurés par les aryens. L’aryen de base naît, vit et meurt en soldat.

Du côté des verts contemporains, ouvertement égalitaristes, il n’en demeurent pas moins enclins à reléguer les migrants – accueillis à bras ouverts – à la fonction productive, notamment dans les tâches les plus subalternes, en raison de la faible productivité et de la qualité des diplômes. Cependant, les écolos n’excluent pas tant l’autochtone que l’allochtone des fonctions non productives et de l’assistanat en général. L’afflux de migrants exercera une pression baissière sur les salaires, particulièrement dans un contexte socio-économique caractérisé par une croissance atone.

Au plan socio-économique, les partis écologistes actuels partagent avec les nazis la volonté de la mise en place et du maintien d’un appareil central d’État fort et redistributeur via une taxation élevée sur un horizon 360°: travail, production, échange, consommation, transmission,… Le maintien d’un État-providence et de son système de sécurité sociale publique est une caractéristique commune avec les verts contemporains, les nazis ayant été historiquement les champions de la « sécu », excroissance des réformes bismarckienne d’inspiration proto-nazie dans la deuxième moitié du XIXe siècle en Prusse.

Quant aux moyens de production, il est à noter que, toujours à l’instar du régime nazi, leur libre échange est particulièrement mal perçu par les écologistes. Il en va de même pour la production qui doit obéir à des critères stricts tant au plan qualitatif qu’au plan quantitatif sous la direction de l’État et de ses administrations. Si une certaine propriété privée des moyens de production est tolérée, elle ne l’est qu’en raison de sa relative performance mais surtout en raison de l’impossibilité du maintien d’un régime de propriété publique (tel que démontré par Ludwig von Mises en 1920 et amèrement expéréimenté par les bolcheviks entre 1917 et 1920 stricto sensu). En plus de dicter la production, ceci a pour corollaire d’imposer aux gens des habitudes de consommation conformes à l’idéologie. À nouveaux, écolos et nazis se rejoignent.

Durables, mais pas longtemps

Ceci nous amène au volet de la consommation et de l’hygiène corporelle. Le végétarisme et le véganisme sont très bien perçus par les deux mouvances. À la fois symbole spartiate de frugalité, voire d’abstinence, la consommation réduite de viande animale, voire son absence, devient l’acte par lequel l’Homme montre son respect et sa dévotion envers Mère Nature. Les nazis vénéraient le culte du corps par l’exercice physique dans les conditions les plus naturelles, les écolos embrassent cette même tendance à travers l’adoption de comportements et pratiques alimentaires les plus vertueusement orientées “bio” et “wellness”

A une notoire différence près: l’absence d’esprit de compétition chez l’écolo contemporain, mu par l’amoindrissement de son empreinte carbone afin de ne pas blesser ou vexer Gaïa, la Terre nourricière. La performance au final se mesure dans le degré de puritanisme affiché des deux parties. Celles-ci se retrouvent sur le terrain de la recherche de la pureté idéologique : plaire à la Terre, qu’elle soit la planète entière pour les écolos comme l’espace vital (lebensraum) pour les nazis. Tous deux sont convaincus d’incarner le Progrès, l’un au XXe siècle, l’autre au XXIe.

Le Reich de mille ans subit une révision sous l’appellation plus polie de développement durable sur fond de pseudoscience. Si les verts contemporains ont abandonné la conquête territoriale via la force militaire, ils se font néanmoins les champions du néo-colonialisme moral. Les partis écologistes actuels n’hésitent d’ailleurs pas à faire la leçon aux gouvernements et populations des pays non-occidentaux embrassant le processus de libre-marché et de croissance prométhéenne via l’usage de ressources fossiles et l’adoption d’un système capitaliste dans son acception occidentale originelle. Les deux partis sont expansionnistes à leur manière, les nazis via le bellicisme et la conquête militaire, les écolos via l’abolition des souverainetés nationales et la mise en place d’une gouvernance mondiale.

Monopole de la violence

Au final, les deux camps nous offrent un monopole de la violence weberien exercé par un appareil étatique pleinement coercitif. D’autant plus que les deux partis n’ont guère le sens du débat contradictoire, les nazis envoyant jadis leurs chemises brunes ratonner dans les rues, les verts contemporains préférant traquer aujourd’hui les voix dissidentes sur les réseaux sociaux ou dans les médias afin de leur offrir une mort sociale et économique. En ce qui concerne les ouvrages non conformes à l’idéologie dominante, les autodafés des premiers sont transformés en mise à l’index par les seconds. Certes les nazis n’ont pas inventé l’écologie, mais ils l’ont politisée. Les écolos contemporains en sont les dignes suiveurs. Si les nazis étaient de retour, ils trouveraient dans la mouvance écologiste contemporaine un puissant allié et un terreau fertile pour la mise en pratique revisitée de leur idéologie antihumaniste exaltant la nature par-dessus tout.

Jules Alove

Article écrit par Jules Alove et publié originellement sur le site Vu d’Ailleurs

Références bibliographiques