Alors que plus de 10.000 personnes ont été autorisées à se rassembler pour manifester leurs griefs à l’encontre de la police, alors que les écoles rouvrent, les piscines, elles, restent inaccessibles au public. Où est la logique?

Kayak, golf, tennis: les déconfinés de la première heure

Le sport, comme les masques, est un domaine qui laisse à voir toute l’inconséquence de nos élus. Nous gardons tous en mémoire cette surprenante mise à l’honneur du kayak, discipline relativement confidentielle en Belgique, en tant que symbole du déconfinement sportif le 4 mai dernier. Non que nous ayons la moindre animosité contre ce sport au demeurant fort intéressant car il permet d’évoluer sur l’eau selon ses capacités, qu’elles soient athlétiques ou plus réduites.

Pour la petite histoire, la psychologie ne serait certainement pas ce qu’elle est aujourd’hui sans le kayak. En effet, atteint de poliomyélite, le jeune Milton Erickson à qui l’on avait conseillé de pratiquer un sport qui ne sollicite pas les jambes – les siennes ne pouvant le plus le porter – se risqua dans une entreprise de dépassement de soi à un périple long de plus de 1.200 miles en kayak sur le Mississipi au cours de l’été 1922. Père de l’hypnose Ericksonienne, il est aussi l’une des figures tutélaires de l’Ecole de Palo Alto, berceau des thérapies brèves qui révolutionnèrent la psychologie.

Photo de Tara Robinson provenant de Pexels, kayak en rivière

Cependant, il y a fort à parier que ce beau récit soit totalement étranger à la décision du Conseil national de sécurité d’autoriser les kayakistes a s’emparer de leur pagaie dès le 4 mai, au même titre que les golfistes, eux aussi encouragés à remettre leur club en service. Du bon côté du filet, on retrouvait encore le tennis parmi ces déconfinés de la première heure.

Progressivement, l’assouplissement des mesures sanitaires s’étend à d’autres sports, toujours selon des critères qui continuent à cruellement manquer de clarté. Si l’on peut admettre que la pratique d’arts martiaux où les partenaires sont amenés à se tenir très proches l’un de l’autre, tel que le judo, soit limitée, on ne comprend pas très bien pourquoi les bassins de natation restent désespérément fermés. Cette décision est d’autant plus incompréhensible que tout le monde s’accorde pour dire que l’action virucide du chlore ne laisse aucune chance au Coronavirus. Le problème tiendrait aux vestiaires, nous dit-on. Pourtant, il n’est pas question de les prendre d’assaut à dix mille comme la place Poelaert, ni même à vingt-cinq, comme la plupart des classes de l’enseignement primaires qui viennent de réouvrir. Quant aux nageurs de haut niveau, c’est pour eux un drame car le renforcement musculaire en salle ne pourra jamais égaler l’entraînement en bassin.

« Je peux pas, j’ai pas piscine »

Finalement, ce déconfinement à géométrie variable semble surtout obéir à l’incohérence qui guide ce gouvernement depuis l’émergence de cette crise sanitaire, cette même incohérence qui nous a privé de masques au moment opportun, nous forçant ainsi au confinement. Tantôt les décisions de l’exécutif sont motivées par la peur. Ainsi, aujourd’hui, les rassemblements de plus de dix mille personnes sont autorisés pour l’unique raison qu’ils sont plus redoutables que ceux qui en comptent cinquante, surtout s’il s’agit de braves scouts. Quant aux écoles primaires, transformées en espaces occupationnels non protégés, elles sont capitales sous l’angle du redémarrage du château de la Belle au Bois Dormant.

Toutefois, le plus souvent, les choix de nos décideurs se plient à des règles qui échappent à la rationalité, en tout cas, celle que prévaut dans un système où le bien-être de la population est au coeur de ses préoccupations. Faut-il revenir sur les masques, initialement dangereux, mais finalement utiles ; réutilisables, mais pas vraiment lavables…?

Photo de Engin Akyurt provenant de Pexels, natation

Pour tous ceux, souvent âgés, qui profitaient des bienfaits que procure l’eau, la privation de natation va durer et il peuvent oublier tout espoir de revoir leur bassin avant le 1er juillet. Et tant pis si cette pratique avait pour eux des vertus thérapeutiques. Ils iront peut-être gonfler les consultations en rhumatologie, mais c’est certain, a fortiori maintenant, ils ne prendront pas les rues d’assaut!

T.H.