L’évolution institutionnelle de la Belgique a transformé le pays en une juxtaposition d’entités, distinctes et non miscibles, à la viabilité très variable. Ce mouvement centrifuge impulsé par les régionalistes wallons dans les années 1970 s’achemine vers son avant dernier épisode. Il sera douloureux.

Un peu de courage de la part de la classe politique francophone aurait permis à la Belgique de se doter d’un dernier véritable gouvernement fédéral chargé de solder les comptes entre toutes ces entités que tout éloigne, de plus en plus. Mais c’était sans compter avec le MR qui tire sa dernière cartouche (un pétard mouillé?) en titillant la fibre belgicaine pour limiter la désertion dans ses rangs. Privée de réelle figure au niveau de ses dirigeants, cette formation est bien partie pour finir telle une secte, c’est à dire portée par un réservoir d’individus à qui on peut dire tout et son contraire, tout en appliquant l’inverse lorsqu’il s’agit de passer à l’acte. Ne retenons que le positionnement du MR  dans le dossier du nucléaire pour mesurer toute son inconséquence. C’était la girouette qu’il fallait au PS pour éviter de prendre ses responsabilités de premier parti de Wallonie (certes en perte de vitesse) à qui il revenait de négocier l’avenir institutionnel de la Belgique avec la N-VA, plus grand parti de Flandre. C’était la seule façon de respecter les choix démocratiques du Nord et du Sud. 

Quelle légitimité pour un gouvernement minoritaire pour 65% de la population belge?

Au lieu de cela, sept partis que tout oppose, entendent doter la Belgique d’un gouvernement que plus personne n’attendait vraiment et auquel il convient de donner le nom ridicule d’ « Avanti » pour tenter de faire passer la pilule. Toutes ces formations sont en perte de vitesse excepté Ecolo dont l’existence sous forme de mirage ne tient qu’à un électorat qui joue capricieusement ses voix à pile ou face entre illusion et hallucination collective. Majoritaire côté francophone, ce projet d’attelage est largement minoritaire en Flandre. Faut-il rappeler que la population flamande forte de plus de 6,6 millions d’habitants représente 65% de celle de l’ensemble du pays et que lorsqu’elle vote, c’est en fonction d’attentes bien précises et non d’impressions ou de sentiments dans l’air du temps? En Flandre, l’électeur semble non seulement lire les programmes électoraux, mais il sanctionne aussi les élus qui s’en écartent. 

Alors que le pays, à l’image du monde, s’achemine vers une crise historique qui éclipsera celle de 1929 et que chaque euro investi s’apparentera à un douloureux renoncement, c’est un dépensier gouvernement de centre-gauche écolo-collectiviste, minoritaire et antidémocratique dans la plus grande partie du pays qui se profile à l’horizon. L’ego de certains fait décidément perdre toute notion du danger. 

Un tel gouvernement vera-t-il réellement le jour?  Se laissera-t-il emporter par les délires du moment qui l’amèneraient à endetter le pays (et donc la Flandre) sur des générations en adoptant des politiques suicidaires?  Le contribuable flamand devra-t-il financer la sortie du nucléaire couplée à des errements entre les différentes énergies renouvelables dont on réalise après coup qu’elles s’avèrent les unes après les autres plus coûteuses -quand ce n’est pas foireuses- les unes que les autres? Les Flamands ne pardonneront jamais à ceux qui leur forceraient ainsi la main… et encore moins à des élus flamands qui trahiraient leurs attentes.  Alors, ce qui aurait pu être négocié avec une certaine retenue aujourd’hui fera l’objet d’un âpre combat.

Bruxelles, un problème qui devient lui-même problématique

A vrai dire, le seul point qui restait véritablement problématique pour une séparation à l’amiable, c’est Bruxelles. Or Bruxelles, depuis qu’elle a été reprise en main par un gouvernement de gauche (qui a pu compter sur le complicité de l’Open VLD et de DéFI, ex-branche du MR) est devenue un problème en soi. Tel que c’est parti avec l’accumulation de décisions imbéciles et avec un coup de pouce du coronavirus, la capitale devrait prendre de l’avance sur la Wallonie lorsqu’il s’agira de déposer le bilan.

Depuis sa régionalisation en 1989, Bruxelles est sur le déclin. Il aura fallu un certain temps pour que cela devienne visible. Aujourd’hui, cette réalité crève les yeux de ces dizaines de milliers d’habitants qui la quittent chaque année. Les derniers chiffres se rapprochent des 50.000! Et ça, c’était avant la réquisition des voies de circulation. Et ne parlons pas des remplaçants qui tendent à lui donner des allures de bidonville.

Alors, si les protagonistes de cet hypothétique gouvernement « Avanti » qui se disputent déjà les postes (comme celui de Premier qui fait l’objet de vives tensions entre le PS et l’Open VLD) avant d’avoir établi un début de programme parvenaient à faire main basse sur le pays, ils dresseraient la Flandre contre eux. Celle-ci, galvanisée, sera alors en position de force comme jamais pour régler le sort de Bruxelles qui d’ici deux ou trois ans n’aura rien à envier à Detroit, première ville faillie des USA. 

En somme, ce gouvernement « Avanti » qui se profile ne fera qu’ajouter un épisode de discorde à la Belgique. Ce sera celui des roulements de tambour. Il ne changera rien à l’histoire qui est en marche. Il va juste inoculer une dose de haine de nature à approfondir la faille et rendre le processus encore plus inéluctable. Dans un tel contexte, le nationalisme flamand relèvera du réflexe de survie. Quand on en arrive là, c’est qu’il n’y a plus rien à perdre. Et c’est là que tout devient possible… En attendant, en avant les perdants!

Tatiana Hachimi