Attentats du 22 mars : commémorations et contritions

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Ce lundi, la Belgique commémorait le cinquième anniversaire de la survenue des attentats qui avaient pris pour cible l’aéroport de Zaventem et la station de métro Maelbeek. Un an avant le début du procès des attentats de Paris perpétrés par la même cellule quelle est notre perception du terrorisme ?

Des scènes d’archives, du ralenti et des discours lisses, d’une fadeur qui illustre jusqu’où peut porter la langue de bois, ont émaillé cette journée ponctuée de notes tristes. Tout est scénarisé de façon à entretenir une forme de résignation face à la tristesse. Une tristesse dont les politiques tirent parti pour anesthésier un peu plus l’électeur lambda dont ils attendent, avec raison, qu’il se range comme un seul homme derrière des symboles, des représentations qui font barrage à toute remise en question.

Un “monde d’après” le terrorisme?

En ces temps de pandémie, il est particulièrement intéressant de comparer le traitement politico-médiatique de ces deux fléaux, terrorisme et coronavirus, qui ont heurté de plein fouet notre société. En matière sanitaire, on tient le peuple en haleine et on lui imposerait à peu près tout et n’importe quoi au nom d’un “monde d’après” qui serait une version upgradée d’un monde d’avant fantasmé. Avec toutes les maladresses qu’on leur connaît, les autorités s’agitent sans compter pour tenter de donner l’illusion d’une maîtrise sur un phénomène par essence bien peu contrôlable.

A l’inverse, en matière sécuritaire, et en particulier sur la question du terrorisme, il n’a jamais été question d’un quelconque “monde d’après”, d’un monde débarrassé des attentats. Sans attendre, le message délivré par les responsables politiques et par la presse officielle s’est articulé autour de l’inexistence d’un risque zéro de nature à exonérer les élus de toute responsabilité dans la survenue des attentats. Qu’on se le dise une bonne fois pour toute, à entendre nos élus, le terrorisme fait partie du paysage et l’éradiquer s’apparente à une mission impossible.

A vrai dire, il n’a pas fallu attendre le 22 mars, ou même les attentats de Paris planifiés et exécutés par la même équipe « belge » pour entendre ce genre de dédouanement. Les racines du mal sont très profondes et s’ancrent dans un demi-siècle de dérive laxiste tous azimuts de nos social-démocraties. S’il est bien entendu ridicule et chimérique de vouloir remonter aussi loin dans le temps, il eut été encore possible d’intervenir à partir de signes avant-coureurs qui ne laissaient aucun doute dès 2012 ou 2013 lorsque le flux des départs vers la zone syro-irakienne s’intensifiaient. Pourtant, les signaux étaient déjà passés au rouge bien avant, dès  2005 lorsque la Belge Muriel Degauque, offrit à la Belgique d’avoir exporté la première kamikaze occidentale sur un attentat suicide, près de Bagdad. L’avertissement de Sharia 4 Belgium et les exploits de la Veuve noire, Malika El Aroud ont également été vite oubliés par les belles consciences du politiquement correct et les prescripteurs de Padamalgam.

Un lockdown avant la pandémie

Dans un aveu total de perte de contrôle du phénomène djihadiste, la Belgique a eu le privilège de goûter au lockdown bien avant l’arrivée du Coronavirus, lorsque les autorités belges, au lendemain des attentats de Paris ont choisi de confiner la population du 21 au 26 novembre 2015 plutôt que de tenter de s’attaquer aux cellules terroristes parce qu’il y en avait déjà trop et qu’elles avaient déjà métastasé trop profondément au niveau de l’ensemble du corps social. A rebours du bon sens, la Belgique vient d’opter sous la houlette d’un premier ministre libéral -et  fils de  libéral – pour le rapatriement de djihadistes et de leurs enfants. Ne redoutant pas de heurter le féminisme hardcore ambiant, notre gouvernement n’a pas rechigné à minimiser le rôle joué par les femmes dans le dispositif dijhadiste.

Après la saturation de la fréquence médiatique par les discours vivrensemblistes, les autorités se lancent dans le matraquage anti-identitaire de leurs populations en criminalisant le bon sens le plus élémentaire, celui qui entend faire barrage à l’extension des territoires perdus en Europe, celui qui pourrait freiner la prolifération d’enclaves djihadistes sur le sol européen. Voilà qui permet à bon compte de “symétriser ” les tenants et les opposants du terrorisme. Après un attentat, seule la “dignité et la contrition sont tolérées. L’invitation à développer un syndrome de Stockholm est à peine voilée.

Des revendications des victimes aux paris électoraux des élus

En ce 22 mars, et c’est parfaitement légitime, on célèbre le cinquième anniversaire de ce jour synonyme d’horreur pour la Belgique. Cette journée aura eu le mérite d’offrir aux victimes une tribune pour témoigner de tous les dysfonctionnements auxquels elles ont dû faire face dans leurs démarches vis à vis de l’administration et des assurances. Certaines d’entre-elles, comme Karen Northshield, nous aurons impressionnés par leur incroyable résilience prouvant ainsi que la soif de vivre peut triompher de presque tout.

Ce qui frise l’insulte, c’est de voir dans le rôle des maîtres de cérémonie des personnalités qui au mieux ont fait si peu pour endiguer le problème, quand elles ne l’ont pas tout simplement amplifié à coup de positionnements délétères. Et puis, il y a cette instrumentalisation du pathos pour tenter de ressouder une société civile fissurée de partout tant les formations politiques, de gauche, de droite comme du centre, ont chacune usé et abusé du vote communautariste au risque de s’approcher dangereusement du fond avec l’intersectionnalité, nourrissant ainsi la guerre de tous contre tous.

Plus jamais ça ? On aimerait y croire, mais…

En attendant, loué soit le coronavirus qui dans son entrave à notre liberté de réunion nous protège indirectement en ruinant -momentanément- les plans de bien des terroristes…  

Dominique Dumont