9/11: LE JOUR OU L’OCCIDENT PERDIT SES DEUX TOURS

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Les tours jumelles, joyau perdu de l'Occident.
Photo de Thomas Svensson provenant de Pexels, Les tours jumelles, joyau perdu de l'Occident.

Il y a vingt ans, jour pour jour, New-York se voyait amputée de ses tours jumelles dans la pire attaque islamiste de l’Histoire. Malgré le ton martial des dirigeants de l’époque, malgré l’invasion de l’Afghanistan par les USA, malgré l’incroyable débauche de moyens mis en œuvre après cette déclaration de guerre civilisationnelle, l’avantage reste dans le camp obscurantiste. Comment expliquer cette faillite du monde Occidental face à un ennemi aussi peu développé ?

Les USA et leurs protégés: un casting de bac à sable

Les choses étaient portant bien parties. Ne négligeant pas l’un des principes fondateur du Hagakure qui commande au combattant d’agir avec une résolution sans faille, sans laisser à l’adversaire le temps de reprendre son souffle, dès le 7 octobre 2001, les Américains fondaient sur l’Afghanistan afin d’y traquer Oussama Ben Laden. Ce pays était devenu au fil du temps un sanctuaire djihadiste, une plaie purulente d’où suintaient les idéologies les plus arriérées.

Tombeau des empires mais aussi théâtre du dernier chapitre de la Guerre – finalement pas si- froide, cette zone géologiquement tourmentée avait déjà sombré depuis des décennies dans l’islamisme sous la bénédiction étasunienne. Il fallait chasser les Russes et leurs alliés laïcs. Suivant une stratégie à l’emporte pièces digne des meilleurs classes de maternelles, les Etats-Unis avaient conclu, un peu hâtivement que les ennemis -islamistes-de leurs ennemis étaient leurs amis. Sauf que… la suite, on la connaît.

Pas rancunier, Vladimir Poutine, fraîchement arrivé au Kremlin un an plus tôt, le 7 mai 2000,  fait immédiatement cause commune avec son homologue Bush. La Russie jouera d’ailleurs durant des années un rôle central et inestimable sur le plan logistique. Très vite, les USA sont rejoint par leurs alliés de l’Otan dans le cadre de l’ISAF. Malgré cet incroyable alignement des planètes et des moyens, l’opération s’enlise et s’achève sur l’échec qu’on connaît. Comment l’expliquer ?

Ben Laden passe des années sous la protection des services secrets pakistanais, grands alliés affichés des USA… Éliminé clandestinement, tel un baril toxique largué en pleine mer, Ben Laden avait été lui aussi un allié attitré des Etats-Unis.

En 1993, ce protégé des USA avait déjà organisé un attentat, au même endroit. Au lieu d’attaquer en surface, il avait visé les fondations en plaçant une bombe dans le sous-sol. L’attentat avait fait 6 mort et plus de 1000 blessés. Malgré tout, Ben Laden, conservera sa place dans la colonne « amis »… et de cet attentat on ne retrouve aujourd’hui que quelques entrefilets.

Cultivant l’égarement géopolitique depuis toujours, les dirigeants américains ont joué durant des décennies avec le feu islamiste avant que celui-ci ne leur explose à la figure. Tout s’est enclenché le jour où ils ont lâché le Shah d’Iran au profit de Khomeyni, celui que l’on pourrait qualifier rétrospectivement de père de tous les islamismes contemporains. Tous les malheurs actuels de l’Occident tiennent à cette décision. Celle-ci correspondait certainement à des intérêts économiques immédiats dans la foulée de la crise pétrolière. Mais sur le plan civilisationnel, c’était la plus suicidaire des options. La fatwa contre Salman Rushdie a très rapidement montré aux populations occidentales le véritable visage de la charia et des régimes qui s’en revendiquent. Les réactions politiques n’ont pourtant pas été à la hauteur. La volonté et la détermination n’y étaient pas.

Vingt ans plus tard, l’ennemi est à l’intérieur

Les djihadistes et autres islamistes de tout poil se sont sentis pousser des ailes à tel point que pour certains, manger la main de l’empire américain qui les nourrissait était devenu un projet en soi. Après son premier coup d’essai de 1993, Ben Laden a frappé à nouveau sa cible, et cette fois, avec la volonté de rentrer dans l’Histoire et d’humilier les USA dans un nouveau Pearl Harbour en mondovision. Combien de milliards d’hommes sur Terre se souviennent précisément de leur emploi du temps ce 11 septembre 2001 ?

Le World Trade Center et ses deux tours symbolisaient depuis leur érection en 1973 l’hégémonie économique et culturelle des USA. Ces deux pièces maîtresses dans le grand jeu entre puissances que l’on croyait imprenables se sont effondrées sous les yeux du monde entier au cours de l’événement probablement le plus marquant pour les mille ans à venir. Aux échecs, la tour, c’est une pièce lourde. Alors quand on perd les deux, la partie est quasi finie… Et pour s’assurer que la blessure serait encore plus humiliante, Ben Laden avait pris soin d’ajouter le Pentagone et Washington à la liste des cibles. La Belgique n’a pas à rougir. Elle tient encore une fois une place de choix dans cette vague d’attentats qui avait touché deux jours plus tôt le Commandant Massoud, tué par un commando suicide. Les auteurs, formés en Belgique, y avait planifié l’opération. Leurs faux papiers, avaient eux aussi été volé en Belgique.

Les éléments qui ont présidé à la survenue de cet acte barbare, à savoir une énorme dose de naïveté pour couronner des années de cécité, sont les mêmes que ceux qui ont conduit les Américains à quitter l’Afghanistan où Ben Laden les avait emmenés, défaits comme jamais. Les Etats-Unis se sont battus pour emporter de petites victoires à caractère économique… et encore, juste pour assurer la prospérité de quelques entreprises en phase avec Washington, pas celle du peuple américain qui aura déboursé un milliard de dollars pour financer une telle pantalonnade. Le commandant Massoud avait bien tenté d’alerter les Américains sur le danger que représentait Ben Laden et les autres amis islamistes. Il n’aura pas fallu attendre deux jours pou assister au retour de karma!

Et pourtant, à ce jour, le sens profondément hostile de cet événement n’a toujours pas été correctement appréhendé par les peuples occidentaux. Ils n’ont toujours pas pris la mesure de la détestation qu’inspire notre civilisation à des populations qui se complaisent dans leur islam archaïque parce que l’aide alimentaire et sanitaire leur permet d’échapper aux conséquences directes de ce choix de société. Au contraire, ils continuent d’arroser de leur générosité ceux qui là-bas, mais aussi chez nous, ont juré notre perte. Nos élus feignent de croire qu’il existe des « talibans modérés » avec lesquels il est possible de prendre langue dans le seul but de jouer la montre au même. Ce sont les même qui ne voient pas le djihadisme qui grouille dans les “quartiers”.

La grande leçon à retenir du 11 septembre, c’est qu’à l’époque, l’ennemi, Al Qaeda, venait de l’extérieur. Vingt ans plus tard, les attentats qui ont endeuillé Paris, Bruxelles et à peu près toutes les capitales d’Europe sans compter les villes de province nous auront prouvé que le nouvel ennemi, Daesh, agissait aussi de l’intérieur. D’autres suivront. Le nom change, mais la haine de l’Occident reste identique.

La douleur, c’est aussi la frustration face à l’incroyable prévisibilité des événements. On pourrait dire de tout ce qui entoure le 11 septembre : « la suite, on la connaît ».

Peut-on gagner une guerre sans la mener?

Pour changer le cours des choses, il faudrait commencer par remplacer les dirigeants actuels mus par des considérations à court-terme par des profils plus conscients des enjeux civilisationnels. Le temps est venu de remettre notre sort entre les mains d’élus décidés à gagner cette guerre et de le reprendre à ceux qui s’évertuent à la nier. Il faut débarquer les Chamberlain et les Dalladier. On ne peut pas sortir vainqueur d’un conflit sans prendre -réellement- part au combat. 9/11, c’est notre Pearl Harbor. Ce n’est pas en fermant les yeux qu’on évite les bombes. Toute déclaration de guerre commande d’y réagir, avec force. La suite pourrait alors nous réserver des surprises, même si au passage, il faudra certainement verser du sang et des larmes. Churchill, si tu nous entends… Voilà le prix du retour aux valeurs qui fondent notre civilisation axée sur la liberté. Ce serait le minimum que nous pourrions faire pour honorer la mémoire des trois mille victimes tombées, il y a vingt ans, et celles qui continuent de tomber jusqu’à aujourd’hui.

Thierry Henrion